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Journalistes en guerre

Invités par le collectif citoyen des amis d’Alep, 4 journalistes syriens sont venus fin mars à Montpellier.

Constitué de citoyens, le collectif des amis d’Alep soutient la société civile syrienne qui ne se reconnaît ni dans le régime de Bachar el-Assad, ni dans les groupes djihadistes. Il a organisé une tournée exceptionnelle passant par seize villes qui nous a permis de rencontrer fin mars à Montpellier Youcef Seddik, Reem Fadel (une correspondante d’Orient News qui a été torturée durant trois mois par le régime syrien), Louai Abo Al-Joud & Zein Al-Rifai.

 

Diffuser pour résister

Très médiatisée, cette opération était destinée à témoigner de la résistance d’activistes dans la zone d’Alep en Syrie, contrôlée par l’Armée syrienne libre. Constituée d’opposants au régime, cette organisation a permis l’existence d’un centre de presse, Aleppo Media Center (AMC), unique en Syrie. C’est de ce centre qu’une information libre est émise, avec les moyens du bord. Il est très compliqué de saisir les astuces technologiques qui leur permettent d’émettre. Il s’agit, faute d’internet, d’un réseau par paraboles qui passe par la Turquie. Ils travaillent sous divers faux noms, ne communiquent pas entre eux et peuvent se faire arrêter à tout moment. Parmi eux, Zein Al-Rifai, traîne la jambe. Il a été blessé cet été dans Alep, sur laquelle pleuvent des bombes russes, en soutien à Bachar el-Assad qui encercle les rebelles sur le terrain. Cela nous rappelle l’extrême dangerosité de ce pays : 72 confrères ont trouvé la mort depuis le début du conflit syrien, en 2011. Six collaborateurs du centre de presse d’Alep ont péri en “martyrs”. 

 

Reconnaissance internationale

Actuellement en convalescence en Turquie, Zein a été lauréat du prestigieux prix Rory Peck, une distinction reconnue dans le monde entier qui récompense chaque année les meilleurs journalistes reporters d’images (JRI)-pigistes en mémoire de Rory Peck, vidéaste indépendant tué à Moscou en 1993. Zein Al-Rifai, qui n’était pas présent pour la remise de son prix faute d’avoir obtenu un visa des autorités britanniques, a été distingué pour sa couverture, entre juin 2014 et février 2015, du quotidien de la population qui réside dans la zone tenue par les forces rebelles de la ville syrienne d’Alep. Son sujet décrit avec pudeur la survie de ses habitants face aux bombardements du régime dans l’ancienne capitale économique. La directrice de l’information de l’AFP Michèle Léridon avait salué sa victoire, qualifiant d’« inestimable » le travail des pigistes qui, comme lui, permettent de montrer au monde « la réalité de la tragédie syrienne alors que la plupart des médias internationaux n’envoient plus de reporters dans les zones de guerre en Syrie pour des raisons de sécurité ». « Zein et ses collègues, avait-elle ajouté, travaillent courageusement dans des conditions très dangereuses pour documenter les atrocités de la guerre et nous sommes très fiers de voir son travail récompensé par ce prestigieux prix ».

 

Transmettre le réel

Zein Al-Rifai est marié et âgé de 28 ans. Il était activiste contre le régime d’Assad au début de la révolution syrienne avant de cofonder l’Aleppo Media Center. Il fait partie de cette génération spontanée de journalistes qui ont appris le métier sur le tas. Le seul de la délégation à être professionnel est Youcef Seddik. Il est aujourd’hui le directeur du Centre de presse d’Alep. L’AMC travaille régulièrement avec l’AFP, Reuters ou de grands journaux occidentaux. Sa rédaction est composée de trente-cinq journalistes et techniciens. Son but : essayer de donner une image exacte de ce qui se passe sur le terrain, déserté par les journalistes occidentaux, devenus des cibles. Selon lui, « tout se passe comme si Daech et Bachar el-Assad s’étaient donné le mot pour persécuter la presse. Ils nous arrêtent pour les mêmes raisons (nos relations avec les “forces étrangères”) et trompent le monde entier. Nous ne comprenons pas qu’on se réjouisse que Bachar el-Assad ait repris la ville de Palmyre. Nous voyons bien sur le terrain que c’est la même chose. Quand Daech a commencé à capturer les journalistes étrangers, nous avons senti que notre responsabilité était de résister sur place. Contrairement aux autres médias du monde libre, nous parlons peu de vie politique. Notre souci premier est la population. Ce que veulent les gens, comment les aider à mieux vivre, à leur permettre d’espérer. Nous avons des relais dans chaque quartier, dans chaque village. Informer les syriens eux-mêmes est notre premier objectif ».

VH

 

Amnesty International : Syrie 2015-2016

Le rapport annuel d’Amnesty International sur la situation des
droits humains dans le monde nous éclaire sur le cas de la Syrie.
La menace y est permanente pour les civils, pris en étau entre
plusieurs belligérants. Ainsi, les forces de sécurité du régime
de Bachar el-Assad emprisonnent arbitrairement militants,
professionnels des médias, travailleurs humanitaires.
Des groupes non étatiques, en particulier l’Etat islamique (EI),
procèdent à des bombardements à l’aveugle, enlèvements,
attentats-suicides.
L’entrée en guerre des États-Unis et de la Russie a également
renforcé l’insécurité des civils, victimes des frappes aériennes
internationales.

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