À la une

Autre

Le kiosque numérique, évolution ou ruse fiscale ?

Par Nathalie Pouillard

Bousculée par le numérique, la presse s'intègre désormais dans les offres des opérateurs télécoms. Mais à qui est-ce profitable ?

Un nouveau modèle économique d'abonnement presse a vu le jour depuis un peu plus d'un an.
Offrant des accès illimités à certains titres via un kiosque en ligne, les opérateurs de téléphonie rémunèrent les éditeurs de quelques dizaines de centimes par numéro téléchargé.

Ainsi SFR Presse propose plus de 80 titres de presse, quotidiens, hebdos et mensuels, parmi lesquels Le Journal du Dimanche, La Dépêche du Midi et L'Indépendant.

Sa marge nette est proche de celle des points de vente traditionnels, grâce à l'économie des coûts de papier, d'impression et de distribution.

De leur côté, Orange, Free et plus récemment Bouygues, ont rejoint LeKiosk.
1600 titres de presse quotidienne et magazine y figurent dont La Marseillaise du Languedoc et La République des Pyrénées, pour ne citer que des locaux.

Ces kiosques posent une colle au fisc.
En effet, les opérateurs SFR, pionnier dans ce domaine (depuis mai 2016), et Bouygues appliqueraient indûment sur leurs abonnements de téléphonie le taux réduit de TVA de 2,1% auquel est assujettie la presse.
Pour rappel, les taux appliqués à la téléphonie et la télévision étant respectivement de 20% et 10%, cela pourrait représenter plusieurs centaines de millions d'euros de manque à gagner pour l’État d’après une enquête du Monde.

Le Spiil (Syndicat de la presse indépendante d'information en ligne), qui représente 150 éditeurs indépendants, dénonce une ambition déguisée de réduction d'impôts.
Pour preuve selon lui, une activation automatique de ces offres "kiosque" pour les abonnés, et une résiliation complexe.

Les éditeurs sont eux-même divisés.
Certains voient dans ce modèle un sursaut économique et un regain d'intérêt possible pour leurs titres.
Le canal numérique est un moyen d'attirer un nouveau public, plus jeune, absent des kiosques traditionnels.
Serait-ce aussi la clé pour monétiser l'information en ligne ?

Mais pour d'autres, comme Le Monde, ou Etienne Gernelle, le patron du Point, c'est une "machine à tuer le journalisme de qualité".

Bercy devrait s'intéresser à la question au dernier trimestre 2017.
Gérald Darmanin, ministre de l’action et des comptes publics, veut limiter le champ de l'abattement fiscal aux sommes reversées aux journaux uniquement.
Affaire à suivre...

 

À lire aussi