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Spécial Covid19

3 questions à ... Anne Marie Amoros, directrice de France Bleu Hérault

Quelles sont les conséquences immédiates de cette crise sanitaire pour votre radio ?'

La première conséquence c'est le changement de paradigme. La santé devient la colonne vertébrale de notre travail pour l’équipe et pour nos auditeur·ices.

Dès les premières alertes, comme les autres stations du réseau France Bleu, nous avons organisé le télétravail par paliers afin d’arriver à terme à le mettre en place pour le plus grand nombre possible. En organisant les moyens techniques du télétravail, on protégeait les équipes et on garantissait une radio de service public le plus longtemps possible pour nos auditeur·ices.

Les équipes de rédaction, d’animation, d’accueil, technique, de gestion, le régisseur, en cdi, cdd, pigiste ainsi que l’équipe de cadres ont fait preuve d’une grande maturité, d’un sens de l’adaptation ainsi que d’un attachement sans faille aux missions du service public pour nos concitoyen·nes. 

Avec méthode et innovation, le responsable technique Aubert Naturel a organisé la mise en place d’outils pour que le télétravail puisse être possible en "mode dégradé "- c’est ainsi que nous nommons cette antenne de crise. La rédactrice en chef, Élisabeth Badinier et le responsable des programmes, Hervé Chabbal, ont réorganisé le travail. En effet, produire des contenus radiophoniques en télétravail revient à réinventer nos métiers. Les chargées d’accueil ont, elles aussi, su s’adapter. Elles gèrent les réseaux sociaux, répondent aux messages laissés aux standards que l’on a dérivés vers les boîtes mails et elles sont confrontées au moment du direct aux flux de questions et émotions des auditeurs. Le régisseur joue, quant à lui, un rôle de mise en place de moyens de protection et de suivi de stock pour garantir aux membres de l’équipe qui sont susceptibles de venir à la radio, une continuité de matériel de désinfection.

Vous êtes passés très vite en gestion de crise !

Oui, c’est l’autre conséquence de cette situation : le passage d’une ligne éditoriale de radio généraliste de service public de proximité à une radio avec une ligne éditoriale de gestion de crise qui évolue… vers une ligne éditoriale de crise !

France Bleu est déjà la radio du service public sur laquelle se brancher pour avoir les informations essentielles en situation de crise. Cela suppose une rapidité de traitement et d’analyse des informations, des invité·es interviewé·es par des journalistes, des dossiers… des contenus numériques. La traque de l’info et de sa vérification devient un travail millimétré car chaque mot résonne différemment en temps de crise.

France Bleu c’est aussi le média sur lequel on va trouver les informations vitales d’où la mise en place de contenus de services pratiques afin d’aider les auditeurs à mieux se protéger, vivre et comprendre l’événement Covid 19. 

Enfin toute l’équipe se met à l’écoute des besoins spécifiques des auditeurs en temps de crise avec par exemple une antenne ouverte pour répondre à leurs questions, trouver les bons interlocuteurs pour éliminer les fakes news et donner les bonnes réponses pour désangoisser... C’est aussi l’autre pendant de la ligne éditoriale, faire que la vie persiste à travers la radio. 100% solidaire devient également un fil conducteur avec des initiatives, des soutiens aux personnels soignants, pompiers, éboueurs, des échanges de services…

Comment réorganisez-vous l’antenne ?'

C’est une réorganisation des radios en mutualisation. Nous nous sommes concentré·es en premier lieu sur une antenne produite en local de 6h à 12h la semaine et 7h à 12h 30 le week-end. Les contenus en dehors de ces horaires étaient assumés par l’équipe à Paris qui, elle aussi, s’est adaptée en télétravail tout autant que dans ses contenus.

En nous organisant ainsi, nous pouvions mettre une bonne partie de l’équipe en télétravail. Ensuite, en corrélation avec la réalité de cette épidémie, la nécessité de protéger les équipes est l’impérieuse nécessité de remplir notre mission de service public, nous nous sommes réorganisé·es cette fois-ci avec trois autres radios d’Occitanie : France Bleu Gard Lozère, France Bleu Occitanie, France Bleu Roussillon. 

Dans un temps record, les équipes se sont à nouveau réadaptées, les directeurs ont travaillé avec l’encadrement qui s’est donné à 100%, sans compter ni le temps ni la fatigue, pour mettre une matinale 6h-9h et une matinée 9h-12h du lundi au dimanche, communes à ces 4 antennes.

France Bleu Hérault a lancé cette mutualisation de matinée le lundi 23 mars puis totale avec la matinale le 25. Ensuite c’est France Bleu Occitanie qui a piloté du 30 mars au 5 avril. Ensuite c’était au tour de Gard Lozère du 6 avril au 12 avril puis Roussillon jusqu’au 19 avril. Et à nouveau nous. A nous quatre nous assurons une continuité d’antenne et si l’une des stations venait à fermer temporairement (désinfection des locaux) pour des cas de malades, les autres pourraient la suppléer. 

Combien êtes-vous à venir physiquement travailler à l’antenne ?'

Les équipes des quatre stations d’Occitanie fonctionnent en télétravail et il y en a une seule qui pilote. Donc, il n’y a que dans une seule station où des personnes viennent physiquement travailler. Dans tout le réseau France Bleu, soit 44 radios nous nous sommes réorganisé·es en 16 mutualisations réduisant d’au moins 50% le risque de personnes malades non confinées et donc le risque de venir grossir le nombre de personnes susceptibles de demander à des soignants une prise en charge.

Le futur, comment le voyez-vous ?'

Le futur, c’est ce qui restera de ce que chacun·e aura fait pour accompagner les soignant·es, les personnes qui travaillent pour préserver notre santé, notre quotidien… ce sera aussi un lien indéfectible avec nos auditeur·ices et entre nous. Je suis fière de l’équipe de France Bleu Hérault car elle a gardé intact son sens du civisme et de ses missions. 

Le futur c’est encore le retour de nos contenus avec en plus l’intensité de ce que nous aurons vécu.

Et dès qu’il sera possible, nous reviendrons à nos programmes. C’est la volonté de tou·tes, d’ici à la direction du réseau de France Bleu.

Propos reccueillis par René Lechon pour le Club de la presse Occitanie Crédit photo : Christophe Abramowitz, Radio France.

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