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Les médias sur le front d’une guerre sans merci

Soutien confraternel.

Alors que l’Union européenne et les Etats membres ont adopté plusieurs mesures de sanctions à l’encontre de la Russie, ils ont décidé d’interdire plusieurs chaînes et sites internet financés par la Russie, désignant notamment ceux de Russia Today (RT), qualifiés de « machines médiatiques » pratiquant « une désinformation toxique ». Le Syndicat national des journalistes (SNJ) estime que la rédaction de RT France, composée très majoritairement de journalistes professionnels passés par différents médias, est clairement montrée du doigt et que cette équipe de journalistes est la cible d’insultes intolérables sur les réseaux sociaux. Dans un communiqué largement diffusé où il apporte un soutien confraternel aux salariés de ces médias, le SNJ explique que « les intimidations et menaces de représailles n’ont jamais fait avancer la cause de la liberté de la presse ». Le SNJ rappelle que « régler ses comptes en s’attaquant aux médias, s’en prendre aux journalistes, les expulser, interdire les chaînes ou les journaux dans lesquels ils travaillent constitue, quelles que soient leurs intentions affichées, un acte de censure qui réduit la pluralisme de l‘information ».

Alerte à la désinformation.

Depuis le déclenchement du conflit armé de la Russie contre l’Ukraine, la Fédération internationale des journalistes (FIJ) reste en contact permanent avec ses affiliés ukrainiens (NUJU et IMTUU) et met en garde les journalistes tentés par la désinformation. Estimant qu’il s’agit bien d’une guerre, en violation de la souveraineté d’un pays, en violation du droit international et des principes fondateurs de la Charte des Nations Unies, la FIJ, qui représente les journalistes auprès des Nations Unies, appelle solennellement la directrice générale de l’Unesco, l’agence en charge de la protection et de la sécurité des journalistes, à tout mettre en oeuvre pour que les journalistes en Ukraine, nationaux et étrangers, puissent remplir leur mission d’informer en toute sécurité.

100 photos pour la liberté de la presse.

 

Il y a 30 ans, Reporters sans frontières (RSF) publiait le premier numéro de sa collection 100 photos pour la liberté de la presse. Sur la couverture, on pouvait voir un jeune photographe de guerre, grièvement blessé au Cambodge lors d’un reportage. L’homme aux boucles brunes qui figure sur cette image iconique s’appelle Patrick Chauvel. Trente ans plus tard, RSF a choisi de rendre hommage à cette légende de la profession. Hommage mutuel, puisque Patrick Chauvel publie ici son premier ouvrage photographique (en vente 9,90 € dans toutes les librairies). Egalement documentariste et écrivain, c’est un témoin inestimable de la marche du monde. L’enfer vert du Viêt Nam, les silhouettes cagoulées en Irlande du Nord, Sarajevo assiégée, le purgatoire gelé de la bataille de Grozny en Tchétchénie, Mossoul arrachée aux mains des djihadistes, les talibans après la chute de Kaboul… Patrick Chauvel partage avec RSF les images les plus emblématiques de sa longue carrière. Inlassablement, ce « rapporteur de guerre » saisit sur le vif l’étincelle humaine dans la nuit des conflits. De retour après plusieurs semaines passées en Ukraine, le journaliste, qui travaille notamment pour Paris Match, a présenté cette nouvelle édition, mardi 14 mars 2022, lors de l’émission Quotidien sur la chaîne TMC.

Olha, spécialiste ukrainienne en relations publiques, lance un SOS

Olha Oltarzhevska, Ukrainienne de 22 ans, a contacté le Club de la Presse Occitanie pour donner des nouvelles de son pays. Rédactrice, diplômée en relations publiques, cette jeune femme, qui a passé sa thèse de maîtrise sur les communications stratégiques à Taras Shevchenko National University of Kyiv, a toujours cultivé des contacts avec les médias locaux de son pays. Au vu des circonstances, elle lance un SOS aux médias internationaux. « Avant le début de la guerre, je vivais sans connaître le chagrin (…) Les terroristes russes bombardent impitoyablement notre ville depuis deux semaines. Ma famille et moi vivons dans le sous-sol depuis plus d’une semaine (…) Pour l’instant, nous n’allons pas nous enfuir de la ville ou de la campagne. C’est très risqué et nos voisins nous ont apporté leurs enfants et un grand nombre d’animaux de compagnie. Nous devons prendre soin d’eux. Nous sommes les seuls qui possédons un sous-sol dans la maison. Ce soir, il y avait un avertissement qu’ils voulaient faire sauter l’usine Antonov (…). Ma mère vient de m’appeler, tout va très mal à Marioupol. Elle m’a demandé de faire quelque chose, de diffuser dans toutes les langues ce qui se passe à Marioupol, afin que les médias étrangers y prêtent attention. Tous les couloirs verts ont été détruits par les occupants. Il n’y a pas d’eau, pas de nourriture, les gens sont dans les bunkers. Les représentants du "pays voisin" tirent sur les enfants, les femmes, les prêtres et les animaux dans les rues (…). Nous n’avons pas besoin de ce "salut" qui détruit. À l’université, j’ai étudié les normes journalistiques. Et je sais que l’auteur ne peut pas insérer d’opinion personnelle dans le texte. Mais les Russes utilisent les médias comme un outil de propagande et rien de plus. On me demande souvent de parler de la situation dans le pays. Mais, malheureusement, il y a une mauvaise connexion dans notre sous-sol… »

Réseaux sociaux interdits.

 

Depuis le 4 mars 2022, le régulateur russe de l’internet a bloqué la plupart des réseaux sociaux en Russie. Facebook,Twitter et You Tube ne sont ainsi plus disponibles dans le pays. L’accès a Instagram a été restreint une semaine plus tard, la Russie estimant que ce réseaux social propageait des appels à la violence. Ces mesures particulièrement sévères envers les réseaux sociaux ont pour but d’interdire à la population russe d’accéder aux informations délivrées par les médias occidentaux. Ces mesures de blocage ont été accompagnées d’un train de lourdes sanctions pénales en cas de diffusion d’informations mensongères sur l’armée russe. Ces blocages s’inscrivent dans un contexte législatif de plus en plus contraignant pour les médias travaillant en Russie. Le président Vladimir Poutine entend ainsi imposer son récit officiel sur l’invasion de l’Ukraine.

Protestation en direct.

Une scène rarissime qui n’a duré que quelques secondes s’est produite, lundi 14 mars 2022, sur le plateau de "Vremia" ("Le temps"), le principal programme d'information du soir de Channel One, la plus puissante chaîne télévisée russe. La journaliste Marina Ovsiannikova a forcé les portes du studio et fait irruption pendant le journal télévisé le plus regardé de Russie avec une pancarte critiquant l’invasion russe de l’Ukraine. Alors que la célèbre présentatrice Ekaterina Andreïeva est en train de parler, cette manifestante anti-guerre a brandi une pancarte sur laquelle on peut lire "Non à la guerre. Ne croyez pas à la propagande. On vous ment ici". "Les Russes sont contre la guerre". Arrêtée aussitôt, la journaliste, dont le père est Ukrainien, a été condamnée dans la foulée à 250 € d’amende pour avoir diffusé une vidéo sur internet. Libérée, elle risque encore des poursuites au pénal passibles de lourdes peines de prison. De son côté, Emmanuel Macron a annoncé qu’il proposerait soit une « protection diplomatique » à l’Ambassade de France en Russie, soit « une protection asilaire » à Marina Ovsiannikova.

Tours de télévision bombardées.

Depuis le 1er mars 2022, cinq tours de radios et télévisions ont été visées par des frappes russes empêchant la diffusion des ondes des médias ukrainiens dans le pays. La dernière en date, celle située à l’est de Rivne, bombardée le 14 mars 2022. Près d’une quarantaine de chaînes de télévision et plusieurs dizaines de radios ont été affectées. Reporters sans frontières (RSF) a déposé plainte le 4 mars 2022 auprès du procureur de la Cour pénale internationale (CPI) pour ces crimes de guerre commis par les forces russes en Ukraine. Depuis le début de l’agression de l’Ukraine le 24 février 2022, l’armée russe a bombardé délibérément plusieurs antennes de télévision à travers le pays. Selon le droit international, une installation comme une antenne de radiodiffusion ne peut être une cible militaire légitime que si elle est utilisée comme émetteur et relais radio pour le compte de l’armée, si elle est temporairement affectée à un usage militaire, ou si elle est employée à des fins à la fois civiles et militaires.

Gilets pare-balles.

Ouvert depuis le 11 mars 2022, le Centre pour la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF) à Lviv, ville ukrainienne située à 70 km de la frontière polonaise, a reçu les premiers équipements de protection individuels à destination des reporters. Ces matériels ont été distribués cette semaine grâce au réseau international de solidarité de journalistes et au groupe de presse suédois Bonnier. Ce dernier a ainsi collecté une trentaine de gilets pare-balles et de casques auprès de ses différents titres de presse avec le soutien du groupe Schibsted et du diffuseur national Sveriges Television. « Nous sommes ici pour exprimer notre solidarité avec les journalistes ukrainiens et leur apporter le meilleur soutien possible pour couvrir la guerre » a déclaré Christophe Deloire, le président de RSF lors de l’inauguration du Centre pour la liberté de la presse qui a prévu d’organiser, en présentiel ou par visio-conférence, des formations à la sécurité physique et aux premiers soins. Ce Centre peut également proposer une assistance financière et psychologique aux journalistes sur place.

JT en direct de Lviv.

 

Pour la première fois de ce conflit qui a débuté le 24 février 2022, France 2 a diffusé son journal télévisé en direct d’Ukraine le lundi 14 mars 2022. Anne-Sophie Lapix a présenté le 20H de France 2 lundi en direct de Lviv, près de la frontière polonaise, où la journaliste et son équipe avaient réalisé quelques jours auparavant plusieurs reportages avec les autorités et la population de la ville ukrainienne. Au total, une petite dizaine de personnes ont été dépêchées à Lviv où vivent de nombreux déplacés depuis le début de l'invasion russe le 24 février. Le déplacement est resté confidentiel jusqu’au matin du jour de diffusion pour des raisons de sécurité. Ce n’est pas la première fois que France 2 délocalise son JT : Anne-Sophie Lapix a, par exemple présenté le 20H depuis New-York le 3 novembre 2020 à l'occasion de l'élection présidentielle américaine.

Fact-checking.

Pour débusquer les fausses informations, plusieurs médias nationaux se sont organisés bien avant la guerre. A l’AFP, « une cellule de fact-check employant 120 journalistes », explique Boris Bachorz, directeur de la communication. A France Télévisions, avec « Les Révélateurs », structure chargée de vérifier l’origine des images trouvées sur les réseaux sociaux : « Nous faisons face à une grosse campagne de manipulation des deux côtés. Vous n’imaginez pas le nombre d’images “débunkées” (démystifiées, NDLR) depuis deux semaines », ajoute Étienne Leenhardt (source : La Croix). Côté Radio France, « on s’appuie sur la cellule de lutte contre la désinformation de Franceinfo », précise Vincent Giret, directeur de l’information. La plateforme de fact-checking et de debunking de France Info, animée par Julien Pain, est en effet très précieuse pour trier les fausses images qui circulent sur les réseaux sociaux.

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