À la une

Interview

« Slate est féministe, c’est une constante de notre ligne éditoriale »

Par Emmanuelle Durand-Rodriguez

 

Christophe Caron, rédacteur en chef de Slate, s’engage et prend position dans le débat souvent passionné qui agite les rédactions des journaux sur l’écriture inclusive. Un an après avoir annoncé que Slate cessait d’appliquer la règle du masculin qui l’emporte sur le féminin, il précise ses objectifs.

L’égalité femme homme passe-t-elle par un changement d’écriture ?

D’autres terrains que celui du langage peuvent toujours être considérés comme plus prioritaires (l’égalité salariale, les violences faites aux femmes, etc.) mais ce n’est pas une raison pour ne pas faire évoluer l’écriture et le langage. L’objectif est de rendre les femmes plus visibles et l’évolution du langage est incontestablement une étape.

 

Comment les journalistes évoluent-ils sur la question du langage non sexiste ?

Dans les rédactions, la prise de conscience est encore relativement limitée même si ces derniers mois de plus en plus de médias ont annoncé des initiatives. Le Monde s’est prononcé en début d’année en faveur d’un écriture plus égalitaire sans aller jusqu’au point médian mais en demandant à tous ses journalistes de féminiser systématiquement les métiers et les fonctions. C’est désormais d’ailleurs ce que pratiquent tous les journaux hormis les plus conservateurs.

 

Quelle est la position de Slate sur la question de l’écriture inclusive ?

Il y a de nombreuses étapes dans l’écriture inclusive et nous en avons déjà franchies plusieurs. Bien sûr nous féminisons tous les noms de fonctions et de métiers et nous utilisons au maximum des mots épicènes ou des mots englobants, les droits humains au lieu des droits de l’homme par exemple. Et puis nous avons décidé il y a maintenant un an d’appliquer l’accord de proximité, une règle plus juste issue du latin et qui consiste à accorder le ou les mots se rapportant à plusieurs substantifs avec celui qui leur est le plus proche. Autrement dit nous pouvons écrire désormais par exemple « les femmes et les hommes sont beaux » ou « Les hommes et les femmes sont belles ». C’est la proximité qui définit l’accord et non pas la règle du « masculin qui l’emporte sur le féminin », cette règle du masculin tout puissant. En revanche, nous ne pratiquons pas le point médian (ami•e), car je trouve que ce dispositif ne permet pas une lecture fluide des articles.

 

Slate a publié il y a un an la tribune « Nous n'enseignerons plus que "le masculin l'emporte sur le féminin"», pourquoi ?

Tout est parti de là en effet. Avant d’arriver chez Slate (été 2017, NDLR) je n’étais pas un grand partisan de l’écriture inclusive. Mais ce sujet est un des premiers qui m’a été soumis par la rédaction et j’ai senti qu’il fallait s’y intéresser. Une de nos journalistes, Aude Loriaux, m’a mis en contact avec les signataires de la tribune et nous avons publié un texte signé par plus de 300 membres du corps professoral qui s’engagent à ne plus enseigner la règle de grammaire résumée par la formule «le masculin l'emporte sur le féminin». Dans la foulée, une discussion s’est engagée dans la rédaction et nous avons décidé d’appliquer l’accord de proximité. C’est un pas vers plus de visibilité pour les femmes dans les médias et cela n’enlève rien à personne. À l’annonce de ce changement, nous avons eu beaucoup de réactions souvent négatives et émanant essentiellement d’hommes. Depuis, force est de constater qu’il n’y a pas de réactions négatives, les lecteurs semblent ne même pas le remarquer.

 

La ligne éditoriale de Slate accorde-t-elle une place spécifique aux questions du genre et à l’égalité femme / homme ?

Oui de même que le Slate américain est très progressiste et engagé sur ces questions, Slate en France a développé fortement cette thématique éditoriale et nous avons une rubrique intitulée « Égalités ». De manière globale si je devais définir la ligne éditoriale de Slate je dirais que nous cherchons à comprendre le monde qui nous entoure et à expliquer ce que nos choix et nos actes disent de nous.

 

Vous diriez que Slate est féministe ?

Oui Slate est féministe. C’est une constante de notre ligne éditoriale et c’est aussi grâce à nos journalistes qui sont très engagées sur ces sujets.

 

Christophe Carron sera l’un des invité•e•s de la soirée Elles Font l’Actu organisée le 7 décembre prochain à Toulouse. Inscription gratuite mais obligatoire ci-dessous

 

Veuillez cliquer sur le bouton ci-dessous pour vous inscrire à l'événement

Bouton d'inscription Pause Journalistes 10 janvier

À lire aussi