Esprit’ Critik

Esprit’ Critik

Phase 1
Constat et naissance du projet - janvier 2015

 

Le Club de la presse Occitanie a été profondément marqué par l’attentat, le 7 janvier 2015, contre Charlie Hebdo.  C’est le Club qui a organisé la manifestation de Montpellier. Le 11 janvier 2015,  des centaines de personnes se sont rassemblées pour défendre la liberté de la presse.

Après cet attentat, et malgré la forte mobilisation en faveur de Charlie, les membres du Club ont ressenti une méfiance grandissante qui se propageait chez les jeunes à l’encontre des journalistes.
Dans le même temps, les théories du complots ont commencé à prospérer sur les réseaux sociaux, renforcées par la propagation virale de «fake news» réinterprétant les événements tragiques de Paris.

Dès janvier 2015, les membres du Club décident d’agir. Ils créent une commission dont le titre est à lui tout seul un programme d’action : «Jeunes, médias et citoyenneté».

Une évidence : sensibiliser les jeunes à la fabrique de l’information et à l’usage raisonné et responsable des réseaux sociaux devenait une priorité du Club de la presse Occitanie. Il fallait, dès lors, imaginer et créer des outils originaux pour agir.

 

Phase 2
Mise en perspective - janvier 2015 - août 2015

 

Définition d’un comité de pilotage...
Dans un premier temps, les administrateur·rice·s du Club constituent, avec des volontaires, membres du Club, un comité de pilotage pour construire le programme Esprit Critik.

.... et d’une zone d’intervention pilote
Lunel, marquée par le départ au djihad de plus de vingt jeunes, est choisie comme zone prioritaire d’intervention. Ce choix correspond aussi au souhait d’acteurs politiques et associatifs du territoire, de voir progresser une réponse originale à la montée de la radicalisation islamiste.

Rencontre des acteurs et des représentants locaux
De nombreuses rencontres sont organisées pour recueillir les impressions et les besoins des écoles et des associations lunelloises, mais aussi des représentants tels que le député, les dirigeant·e·s de la Caisse d’Allocations Familiales, de la DILCRAH, de la Ville, du Département et de la Région, financeurs potentiels.

 

Un même constat

Pourquoi certains jeunes de Lunel se sont-ils radicalisés jusqu’à prendre la décision de quitter la France pour la Syrie ? Comment s’est forgé, chez eux, un sentiment d’injustice, d’abord, puis d’indignation, puis de révolte et, enfin, du rupture avec la République ?

A ces questions, il fallait répondre sans détour. Et réaffirmer d’abord la nécessité de reconstruire le vivre ensemble sur les valeurs de liberté, de laïcité bien comprises et de démocratie.
Les responsables d’établissements scolaires et les professeur·e·s, les encadrant·e·s dans les associations, tous ont été témoins d’une méfiance grandissante des jeunes envers les autorités mais aussi envers les médias.
Les médias sociaux quant à eux semblent constituer un facilitateur dans le processus de radicalisation.
Les bénéficiaires de l’action seraient donc les jeunes scolarisé·e·s, déscolarisé·e·s, en réinsertion, ou en milieu associatif (club de foot, école de danse...), mais aussi les adultes, notamment les parents, en milieu associatif.

En effet, il est indispensable d’impliquer et d’accompagner les familles dans le processus, de rompre l’isolement face aux situations d’endoctrinement.
En sensibilisant et mobilisant les jeunes, les familles, toutes communautés confondues, ce projet tend à réunir les citoyen·ne·s autour de valeurs communes, comme la démocratie et la paix, et unir les efforts de tou·te·s pour les défendre.

 

Phase 3
Définition du projet et des bénéficiaires - septembre 2015 --> ...

 

Les objectifs
> le décodage des informations qui sont issues des journalistes, une compréhension de leur rôle et de leurs méthodes, une meilleure compréhension du mécanisme de fabrication de l’information
> la différenciation entre une information vérifiée et un contenu sur internet
> la prévention des risques de désinformation via l’encouragement à un usage raisonné des réseaux sociaux
> le développement de l’esprit critique et du libre-arbitre des jeunes
> le dépassement des représentations négatives, amalgames, préjugés et stéréotypes
> la valorisation des principes de liberté, laïcité et des valeurs communes
telles que la solidarité, la fraternité, le respect
> l’enrayement des sentiments d’exclusion, d’incompréhension, et de discrimination par le développement d’actions innovantes d’éducation aux médias et à la citoyenneté
> la lutte contre la théorie du complot

Les axes
> le travail du journaliste, la façon dont il traite l’information, vérifie ses sources et la diffuse sur différents canaux
> les différentes informations circulant sur les réseaux sociaux, qu’elles proviennent d’un professionnel de l’information ou d’un amateur
> les outils existants pour faire le tri sur ce qui circule sur le web et ainsi différencier les vraies informations des informations intentionnellement trafiquées.

Le format

Suite à la consultation de professionels de l’éducation nationale, le format idéal choisi est de 2 heures d’intervention, afin de ne pas perdre l’attention des jeunes, de préférence jamais sur les derniers créneaux horaires de la journée. Les interventions peuvent être uniques ou multiples suivant les demandes, notamment en cas d’ateliers de production (écriture d’un article, publications sur une page facebook).

Les intervenant·e·s

Le projet est piloté par de véritables professionnel·le·s du journalisme et de la communication numérique.
Elles·ils sont une cinquantaine, journalistes ou expert·e·s en réseaux sociaux, certain·e·s attaché·e·s à une rédaction, d’autres indépendant·e·s.
Il est décidé qu’ils interviennent en binôme, composé d’un journaliste et d’un expert des réseaux sociaux, pour expliquer leurs métiers respectifs et les moyens de reconnaître une information vérifiée d’une fausse (fake news).

Il est nécessaire que des adultes, qui ne soient ni les parents ni les professeur·e·s, et qui aient une légitimité, ici la profession et/ou l’expertise, aillent à la rencontre des jeunes, de quartiers parfois délaissés.
Les parents et les professeur·e·s ne sont pas toujours au fait de ce qui se passe sur les réseaux sociaux, canaux qui peuvent pourtant être facilitateurs dans le processus de radicalisation.

 

Phase 4
Création de matériel pédagogique et définitiond’un programme d’évaluation --> mars 2016

 

Des modules de formation pour les intervenants
Sur une journée entière, des spécialistes varié·e·s ont présenté leurs expertises aux futur·e·s intervenant·e·s afin qu’elles·ils aient le bagage le plus solide possible, en cas de questions sensibles.
Matières abordées :
> la pédagogie et la laïcité                   
> les droits fondamentaux et la liberté de religion
> la géopolitique du Moyen-Orient                
> la cybercriminalité
> l’histoire du dessin de presse et de la caricature        
> les logiques identitaires des théories du complot
> la liberté d’expression et ses limites juridiques


Des outils pédagogiques pour les interventions
Les intervenant·e·s utilisent des outils pédagogiques et interactifs entre le ludique et le débat, la prise de conscience et l’échange :

> le débat mouvant (ou jeu de positionnement), forme de débat dynamique qui favorise la participation, développé spécialement pour le programme du Club
Les jeunes doivent se positionner physiquement dans la salle suivant si elles·ils sont pour ou contre des affirmations, telles que «les médias nous manipulent», «Les youtubeurs disent tous la vérité»... Ces items sont sélectionnés suivant l’âge des élèves.

> un quiz vrai/faux illustré d’images et de vidéos issues du web pour captiver l’attention des jeunes.

> une présentation et une définition des « infox » (fake news),  exemples illustrés à l’appui.

> une analyse des théories du complot. Vrais complots et faux complots.

> le développement du « fact checking ». Le contre feu mis en place par les rédactions mainstream pour lutter contre les infox.

> le guide « Déconne pas décode », conçu par le comité de pilotage, distribué à la fin des interventions pour finaliser la sensibilisation et laisser les jeunes avec un outil concret et ludique, contenant les informations-clés.

Il peut aussi servir aux parents de ces jeunes pour comprendre les nouvelles pratiques numériques et mieux les surveiller.

De l’évaluation continue

Les contenus et méthodes sont éprouvés, affinés, améliorés en permanence grâce :
> aux retours des élèves via un questionnaire de satisfaction
> aux retours des professeur·e·s en fin d’intervention ou lors de réunions bilans
> aux compte-rendus écrits par et pour les intervenant·e·s pour un retour partagé après chaque intervention dans les classes

 

Phase 5
Lancement du projet pilote et évaluation - avril 2016 - juin 2017

 

Les premières interventions ont donc eu lieu sur la zone prioritaire du Pays de Lunel en 2016.
Tous les bénéficiaires potentiel·le·s ont été rencontré·e·s mais, dans un premier temps, seuls les collèges et lycées ont pris en compte l’urgence de la situation.

24 interventions ont eu lieu dès la fin de l’année scolaire 2015-2016 (entre avril et juin), et 14 autres ont été demandées à nouveau par les mêmes établissements en 2016-2017.
Les jeunes, sur les deux périodes cumulées, ont offert un très bon accueil aux intervenant·e·s et à leurs outils pédagogiques, et les encadrant·e·s leur ont fait part de leurs critiques, très majoritairement positives.

 

Phase 6
Poursuite et étendue du territoire - septembre 2017 - à ce jour

 

Face à ce succès, de nouveaux territoires ont pris contact avec le Club de la presse Occitanie de leur propre initiative, sur les départements de l’Hérault, du Gard, des Pyrénées-Orientales et de la Haute-Garonne.
Le Club a donc décidé d’étendre son champs d’action, tout en cherchant à développer les financements.
Lunel a aussi renouvelé son enthousiasme pour notre action. Preuve qu’elle est nécessaire et bénéfique.

De nombreuses interventions ont eu lieu en 2018 sur le territoire de l’Occitanie (Lunel, Montpellier, Perpignan, Béziers, Toulouse, etc.). Cette fois, elles émanent d’établissements scolaires, mais aussi, nouveauté, d’associations, de groupes de mères de famille.
Plus de 2 500 jeunes et adultes ont été bénéficiaires du programme Esprit Critik à fin 2018.
Aujourd’hui, le Club de la presse Occitanie étend le dispositif « Esprit’Critik, Jeunes, Médias et Citoyenneté » sur le territoire national à la demande du Ministère de la Culture.
Ainsi, ce programme pédagogique peut désormais se développer en réseau et constituer un maillage significatif.
Le Club animera ce réseau en proposant son expertise, ses outils et ses formateurs aux trois autres clubs partenaires qui sont les Clubs de la presse, Auvergne Rhône-Alpes, Normandie, et Bretagne.