Yann Gabay, fondateur d'Oreegami, témoigne des difficultés d'insertion actuelles dans le monde du travail, notamment pour les jeunes. 

L'IA a-t-elle un impact sur l'emploi des jeunes diplômés ? 

En ce moment, on ressent des difficultés énormes à s’insérer sur le marché du travail pour les juniors. On ne sait pas si cela est lié uniquement à l’explosion de l’IA ou également à inhérent à une conjoncture actuelle très compliquée. Par exemple, on voit beaucoup de jeunes qui sortent des écoles de commerce qui ont du mal à s’insérer. C’est un phénomène impressionnant. Ce qui est sûr, c’est que l’IA générative est de plus en plus intégrée dans les entreprises pour réaliser des tâches qu’on déléguait jusque-là aux juniors (newsletters, veille, recherches iconographiques...) De fait, on a moins besoin d’eux. Mais ce phénomène va-t-il perdurer ? Difficile de dessiner une tendance à moyen ou long terme, car l’évolution de l’IA générative suit une trajectoire exponentielle, et produit une forte zone d’inattendu.

Par exemple, le poste de graphiste qui occupe une place intermédiaire entre le pur « exe » et le directeur artistique ou de création, semble aujourd’hui voir ses tâches diluées entre les 2 du fait de la généralisation de l’usage de l’IA générative. Idem dans le secteur du développement informatique.

Les seniors sont-ils mieux lotis ?

Les seniors, souvent les premiers exposés aux plans sociaux et aux crises, car ayant les salaires les plus élevés dans les entreprises, quand ils maitrisent l’IA, ils ont une force productive extraordinaire. Exemple, un photographe formé à l’argentique qui prompte l’IAG avec des référentiels métiers profonds et nourris de cette « culture », atteindra un niveau de qualité très appréciable et valorisable sur le marché du travail. Un bon utilisateur de l’IA doit s’appuyer sur un vécu ou une bonne culture générale et « analogique ». La personne qui a une vue transversale et qui sait connecter les choses et les références, les disciplines entre elles, qui a une vision perspective, peut vraiment faire une force d’un usage de l’IA générative qu’elle saura alors sublimer.

Quelle solution préconisez-vous ?

Au-delà du « prompt engineering », on parle maintenant de « context engineering » : c’est-à-dire la capacité à décrire de manière pertinente et détaillée le contexte qui permettra d’affiner la demande et donc d’optimiser la réponse. Dans ce domaine, l’Université a vraiment une carte à jouer par rapport aux écoles car elle mêle les disciplines et fait de l’enseignement théorique et de la culture générale un atout considérable.

 

Propos recueillis par Patrice Lallement

Directeur de projet communication liO - Région Occitanie - patrice.lallement@laregion.fr

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