Gaëlle HERSENT - Autrice de bande-dessinée et illustratrice
« Comme tout le monde peut maintenant générer une image de qualité médiocre, le statut de l’artiste perd de sa valeur symbolique. »
« Avec l’IA, on produit plus et plus vite, mais sans pour autant travailler moins longtemps en termes de plages horaires. C’est un piège de croire qu’elle va forcément alléger la charge de travail. »
« Je refuse d’utiliser cet outil, qui ne respecte ni les droits d’auteur, ni la propriété intellectuelle ou même les données personnelles, et dont les patrons de entreprises qui ont développé ces IA revendiquent haut et fort ce pillage. »
« L’IA ne dira jamais qu’elle ne sait pas répondre à une question donnée, car elle est programmée pour créer du contenu. De fait, elle sera amenée à nous tromper plutôt que d’admettre ses limites. »
« Pour les illustrateurs ou auteurs de BD, il y a cette inquiétude du devenir de nos créations. Je ne veux pas que mon éditeur vende un jour son catalogue à OpenAI, mais comment m’y opposer ? »
« En tant que dessinatrice, en séance de dédicace lors de festivals de BD, je garde un avantage sur d’autre métiers : le dessin en tant que geste manuel reste magique. Quand je dessine devant des personnes qui n’ont plus vu cette pratique depuis leur scolarité, c’est un spectacle pour eux. »
Anne Sophie LETOT - Directrice artistique, graphiste et professeur
« Il y a de l’IA partout dans les logiciels de graphisme, donc à quel moment la mention « réalisé sans IA » a-t-elle un sens ? »
« On ne peut pas aller contre cette évolution technologique, qui peut aussi avoir du bon dans certains domaines. Le problème c'est l'usage qu'on en a. C'est trop souvent utilisé comme une solution, alors que c'est un outil. »
« L’IA va engendrer une césure entre une forme d’artisanat d’art, et la com’ de grande consommation. En ce sens, le graphiste est plus remplaçable que le dessinateur. »
« Je travaille beaucoup avec des acteurs culturels ou du secteur social, et pour ces structures qui travaillent pour l’humain, substituer le travail d’une personne par l’IA semble moins concevable. C’est pourquoi de mon côté je ne note pas de baisse d’activité, l’exigence humaine reste très forte. »
« Je remarque chez mes étudiants une volonté de travailler vite, d’aboutir à un résultat rapide, mais cela se fait parfois au détriment de la qualité et de l’originalité. »
« Pour cette génération, tout est disponible et gratuit sur internet et l’IA, donc la notion de droits d’auteur leur parle peu. »
Aline RIOU - Coordinatrice de KUVE, directrice artistique, graphiste et designeuse en signalétique
« Je veux rester une psy de l’image. »
« Mes plus anciens clients continuent d’apprécier l’accompagnement humain que leur apporte la professionnelle que je suis. Les plus jeunes ont tendance à basculer sur un usage intégré de l’IA dans leur communication, et à moins faire appel à moi. Ou alors, je reçois de leur part des briefs avec des visuels réalisés par IA. »
« Quand on est freelance et qu’on travaille seul, l’IA devient presque un collègue de bureau. »
« Les créations réalisées par IA banalisent nos métiers et tirent la qualité des productions vers le bas. Je ne retrouve plus ce que j’aimais dans mon métier. L’ordinateur m’assistait dans mon travail, je ne veux pas assister mon ordinateur dans le sien. »
Louise PERON - DA, graphiste spécialisée dans l’événementiel musical et culturel
« Les graphistes figurent dans le top 10 des métiers impactés par l’IA. » *
« Le design intègre une phase de réflexion, d’analyse préalable. L’accompagnement et le conseil stratégique, l’empathie, la compréhension des non-dits du client, ce sont autant d’atouts spécifiques que ne pourra pas nous prendre l’IA. »
« Avec la généralisation et la démocratisation de l’IA générative, il y a toujours plus de contenus visuels ; pour le meilleur comme pour le pire. L’IA va creuser l’écart qualitatif entre ceux qui vont faire eux-mêmes avec ces outils par manque de moyens, et ceux qui pourront payer des pros avec de vraies compétences. »
« Plus on utilise l’IA générative, plus on en mesure les limites. A force de se nourrir de tout ce qui existe, du bon comme du mauvais, de redigérer des contenus déjà recrachés par une autre IA, elle se consanguinise et s’auto-gangrène. »
« Il faut toujours garder à l’esprit que l’IA peut se tromper. »
« Je me suis lancée comme freelance l’an dernier, dans un contexte de crise économique, de crise politique, et l’explosion de l’IA. J’ai moi-même intégré l’IA dans mon travail, pour aller plus vite, et rester dans des budgets contraints et accessibles. »
Valentin ROBERT - Motion Designer
« J’utilise l’IA au quotidien, et je note un certain nombre d’aberrations dans les résultats. »
« Etonnamment, en motion design il y a des choses que l’IA ne sait pas faire (pour le moment). »
« Pour l’instant, je ne mesure pas d’effets économiques directs de l’IA sur mon activité professionnelle, qui est néanmoins une activité de « niche ». »
Mathilda DUBOIS-PRESTES - Freelance en communication
« Je ne suis pas la seule à envisager une reconversion. »
« J’ai 28 ans. J'ai obtenu un M2 en communication à Sup’ de Com, dans le cadre d’une alternance. Quand j'en suis sortie, ça a été un choc : très peu d'offres d'emplois et énormément de candidats, alors je me tournée vers une activité freelance. J'ai développé une activité de rédaction SEO. La première année, coup de chance, j'ai eu de bon clients, mais petit à petit "faute de budget" en général, ils ont réduit voir arrêté complètement nos collaborations. C'est sûr que l'IA n'a pas aidé, on peut faire écrire un article par ChatGPT en 5 minutes et gratuitement, sauf que ça reste terriblement plat et sans stratégie SEO derrière, ça ne fera pas avancer votre site. »
« Cette année, j'ai été salariée, et maintenant je contemple le vide des offres d'emploi en communication. Je sais que je ne suis pas la seule à envisager une reconversion. Seuls ceux qui ont déjà de l'expérience ou qui sont bien tombés resteront dans le domaine. En attendant, je cherche un job alimentaire. Mais c'est frustrant avec un bac +5. Et c’est surtout frustrant d'être perdue à 28 ans comme on peut l’être à 18 ans. Que vais-je bien pouvoir faire de ma vie ? »
Propos recueillis par Patrice Lallement
Directeur de projet communication liO - Région Occitanie - patrice.lallement@laregion.fr
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