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Interview

« Trouver la bonne mesure, rester équilibré »

Ludovic Trabuchet dirige l’agence locale Midi Libre de Montpellier. Pour NDRL, il explique comment son équipe traite l’actualité ukrainienne dans les pages de l’édition montpelliéraine. Un exercice quotidien, palpitant et savamment dosé.

La guerre en Ukraine fait-elle l’objet de discussions lors des conférences de

rédaction ? 

Quasiment chaque matin. Parfois uniquement parce que nous commentons toujours entre nous l'actualité du jour, mais souvent pour trouver un angle qui nous permettrait de rebondir, localement, sur cette guerre dramatique. Même si c'est un conflit lointain, il a évidemment de nombreuses répercussions sur le quotidien des Français, donc des Montpelliérains.

Traitez-vous l’actualité du conflit russoukrainien dans les pages locales de Montpellier, et si oui à quel rythme ?

Forcément. Et, au fil des semaines, nous avons réalisé que cette actualité revient même très souvent dans nos colonnes. Par exemple, sur la semaine du 7 au 13 mars, nous avons eu chaque jour au moins un sujet en lien avec l'Ukraine. Essentiellement parce que de nombreuses initiatives se mettent en place, soit à l'initiative des collectivités, soit des particuliers, pour aider le peuple ukrainien et que nous sommes souvent sollicités pour relayer celles-ci. A notre humble échelle, c'est une façon de participer à ce bel élan de solidarité.

Quels angles privilégiez-vous ?

Il y a d'abord l'actualité qui s'impose à nous, notamment ces actions de solidarité, mais aussi et surtout, ces derniers jours, les arrivées de réfugiés ukrainiens à Montpellier. On a par exemple détaillé comment l'accueil s'est organisé en quelques jours, des conditions qui ont d'ailleurs évolué au fil des semaines pour s'adapter aux réalités du terrain. Plus globalement, les angles sont forcément nombreux. Après les manifestations de soutien à l'Ukraine, on a réalisé plusieurs portraits de réfugiés afin de relater leur parcours de Kiev à Montpellier et certains sont vraiment dramatiques ou touchants à l'image de la jeune fille qui s'apprêtait à faire sa rentrée à l'école. Il y a aussi les différentes associations qui mènent des actions de solidarité, je pense entre autres à celle réunissant les Russes de Montpellier qui ont décidé de donner des cours de Français à destination des Ukrainiens qui arrivent ici. On a la "chance", aussi, de pouvoir intégrer un convoi qui s'en va fin mars pour la frontière polonaise, à la fois pour apporter différents dons, rester quelques jours pour aider aux soins, et revenir avec quelques Ukrainiens. Michel Pieyre pourra proposer de nombreux reportages et ce sur tous nos supports. Et puis, il y a encore les conséquences de la crise économique sur le quotidien des Montpelliérains. Les tarifs de l'essence qui flambent notamment.

Êtes-vous confrontés à des dilemmes éditoriaux au sujet de l’Ukraine ?

La difficulté, avec cette actualité à la base très internationale, est toujours de décider où vont les sujets. Pages locales ou internationales ? C'est un dialogue quotidien avec nos confrères du plateau actu. La question se pose évidemment moins sur le web... Autre question qui se pose pour nous : trouver la bonne mesure du traitement local de ce conflit russo-ukrainien. C'est une actualité que l'on voit partout, tout le temps... Et pendant ce temps-là, la vie continue aussi. Il faut donc veiller à ne pas trop en faire, à rester équilibré pour ne pas saturer nos lecteurs qui ont, par ailleurs, besoin de savoir ce qui se passe dans leur ville.

Un journal local possède un rôle serviciel. Publiez-vous des appels aux dons lancés par les associations ?

Bien sûr. Comme je le disais, c'est une façon pour nous de contribuer à cette solidarité. Il est difficile de relayer toutes les actions, mais nous essayons d'être le plus possible exhaustif.

Avez-vous des contacts avec les communautés ukrainiennes et russes de Montpellier ?

Les associations regroupant ces communautés sont un véritable relais. Nous avions des contacts par le passé, pour des actualités plus heureuses, par exemple le festival du cinéma russe à Montpellier. Dans le cadre de ce conflit, forcément, nous les avons sollicités... comme eux nous ont sollicité d'ailleurs pour relayer leur action. L'association franco-russe de Montpellier en particulier, qui voulait faire savoir qu'elle se mettait au service des réfugiés ukrainiens.

Les femmes et hommes politiques locaux vous sollicitent-ils pour publier leurs réactions vis-à-vis de la guerre en Ukraine ?

L'époque a changé et les élus communiquent beaucoup sur les réseaux sociaux, surtout pour commenter l'actualité nationale et internationale. Cela dit, pour faire savoir les initiatives à destination du peuple ukrainien, des élus ont organisé des conférences de presse.

Comme beaucoup d’autres titres en France, le journal Midi Libre s’est mis aux couleurs de l’Ukraine. Pouvez-vous expliquer le pourquoi de ce positionnement ?

C'est symbolique. C'est une autre façon d'exprimer notre solidarité avec le peuple ukrainien et l'émotion que peut susciter ce conflit aux portes de l'Europe.

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