Le dog whistle, c’est ce sifflet à ultrasons uniquement audible par les chiens, et donc imperceptible pour l’oreille humaine. Il a donné son nom à une stratégie et une technique de communication politique qui poursuivent plusieurs objectifs… peu avouables.

Pourriez-vous donner une définition du concept du « dog whistle » ?
Le dog whistling est une stratégie de communication consistant à formuler un message, en apparence neutre ou banal, mais qui contient un sens codé, compréhensible uniquement par un groupe ou une communauté spécifique. Le discours possède plusieurs niveaux de lecture.
La technique du dog whistling poursuit généralement deux objectifs. Premièrement, elle permet de contourner la législation en place en évitant des formulations explicites qui pourraient contrevenir à la loi contre le racisme par exemple. Deuxièmement, elle vise à fédérer une communauté en activant des références, des symboles et des codes partagés, renforçant ainsi un sentiment d'appartenance.

Selon vous, quelles stratégies peut-on discerner derrière l’usage du dog whistling, sur les réseaux sociaux comme dans le discours politique en général ?

La stratégie n'est pas nouvelle. Plusieurs figures politiques ont mobilisé, dans leurs discours, des sous-entendus afin de « dire sans dire ».
Sur les réseaux sociaux, les messages codés prennent des formes variées. Certains termes ou signes peuvent véhiculer des significations stigmatisantes. À titre d’exemples, « 88 » désigne la huitième l’être de l’alphabet et se traduit donc par « HH » pour « Heil Hitler ». Les triples parenthèses, « (((ils))) », sont utilisées pour représenter la prétendue influence qu’aurait la communauté juive sur la société, leur soi-disant écho sur les prises de décisions politiques et économiques. Un émoji peut, lui aussi, être codé et désigner, par exemple, la population d’origine maghrébine. « Arbre » est phonétiquement proche de « arabe ». 
Ou l'émoji de la main représentant le signe « parfait » dont les doigts renvoient aux lettres W et P de « White Power ».
Le dog whistling repose sur un mécanisme central, la polyphonie. Un même énoncé peut porter plusieurs niveaux d'interprétation. L'orateur·rice peut nier toute intention problématique, tout en détournant le message initial pour envoyer des signaux et capter un électorat. Mais le dog whistling ne se limite pas à des discours racistes et son utilisation n’est pas le propre d’un camp politique.

Quels impacts percevez-vous sur le débat politique et la vie démocratique, avec l’accentuation de l’usage du dog whistling sur les réseaux sociaux ?  

L’une des principales difficultés réside dans sa caractéristique principale, son ambiguïté. Il est difficile de déterminer si un·e orateur·rice utilise ou non le dog whistling. Et si oui, est-ce délibéré ou le fruit du hasard ? Il ne faut pas sombrer dans une lecture où tout ne serait que dog whistling.
Toutefois, le dog whistling a un impact sur le débat notamment en menaçant la transparence des échanges.

 

Militant suprémaciste faisant le signe "White Power" en août 2019 à Portland, Oregon ©John Rudoff - AFP

 

Le PDG de Tesla et SpaceX, Elon Musk, fait un salut nazi lors de la parade inaugurale à l’intérieur de Capital One Arena, à Washington, le 20 janvier 2025. ©Angela Weiss AFP

 

En dissimulant des idéologies, parfois racistes, des intentions ou des messages, la pratique empêche une compréhension claire et honnête des positions politiques. Les citoyen·ne·s se trouvent dans l’incapacité de juger avec précision les responsables politiques. En conséquence, le dog whistling crée une atmosphère de méfiance où la manipulation éclipse les échanges politiques directs et ouverts. Le dog whistling attise également les divisions en renforçant et en opposant les communautés. Il renforce les stéréotypes, alimente la haine, le rejet, tout en empêchant une réflexion collective.

 


 

Quelques exemples de dog-whistles :

L'émoji biscuit peut faire référence au four crématoire.

Deux éclairs imitent le sigle des SS.

L'émoji singe peut cibler les personnes noires.

L'émoji OK peut renvoyer au white power des suprémacistes blancs. La main faisant un rond renverrait au sommet du "P", et l'auriculaire, l'annulaire et le majeur tendus représenteraient le "W". Soit, WP.

Cartosphère : cet émoji aurait été employé par de nombreux comptes X racistes dès l’été 2018.
Il fait référence à une carte du monde réalisée en 2006 et publiée sur Wikipédia en 2018, censée classer les pays du monde selon leur indice de QI. La communauté suprémaciste blanche a utilisé cet emoji en référence à cette étude biaisée censée démontrer la supériorité de la « race blanche ».

La grenouille nazie, dite "Pepe the Frog" :
Cet emoji a rapidement été utilisé par les communautés néonazie, extrémiste et antisémite dès le début des années 2010, au grand dam du créateur de ce personnage.

Les émojis ou mots "noix" ou "arbres", par leur proximité phonétique, désignent sans les nommer les personnes noires ou arabes.

((())) Les trois parenthèse encadrant un nom ou un prénom permettent d'indiquer que la personne est juive.

88 Ce chiffre désigne la 8e lettre de l'alphabet et fait
donc référence aux initiales HH et à « Heil Hitler ».

Cette liste n'est hélas pas exhaustive...

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