Le 18 mai 2026, la rédaction du quotidien Le Petit Bleu d'Agen, propriété du groupe de presse La Dépêche, reçoit un courrier à la teneur raciste et islamophobe, accompagné de trois balles et d’une mention à la guerre en Ukraine : « Nous sommes armés, nous avons les moyens de vous faire taire. » La direction du journal réunit rapidement ses journalistes et alerte les autorités. Sur LinkedIn, le patron du groupe Dépêche Jean-Nicolas Baylet fait un post sur « ce courrier d’intimidation ». « Ces menaces ne nous intimident pas. Au contraire, elles nous encouragent à poursuivre notre mission d’information. »
De son côté, le journaliste Anthony Assemat signale par mail l'information à l'Observatoire français des atteintes à la liberté de la presse (Ofalp), dont il est référent pour le Club de la presse, pour la partie ouest de l'Occitanie. Lancé en novembre 2023 par un collectif associant des journalistes, organisations professionnelles et citoyens, l'Ofalp s'est donné pour mission de recueillir, vérifier et rendre publiques les menaces pesant sur la liberté de la presse en France. « Mon rôle est de faire remonter les atteintes avérées, note Anthony Assemat, un journaliste empêché d'entrer dans une réunion publique, blacklisté sur des conférences de presse, menacé dans son intégrité physique… »
Bruno Pachent, directeur du Petit Bleu d'Agen : « Notre rédaction est composée de jeunes journalistes, ils ont été déstabilisés. Le chef d'édition les a réunis pour que chacun puisse s'exprimer. Le Petit Bleu a informé ses lecteurs de ce qui se passait. On a joué notre rôle sans céder à l'intimidation. »
Contacter l’Ofalp
L’Ofalp recense, qualifie et rend publiques les atteintes à la liberté de la presse en France « de la manière la plus exhaustive possible ». Le Club de la presse Occitanie, membre actif de l’Ofalp depuis 2025, a deux représentants. Pour contacter l’Ofalp, envoyez un mail à : contact@ofalp.org
L'Ofalp, vigie nationale
L'Ofalp s'appuie sur trois canaux de signalement : les affaires déjà rendues publiques, les alertes envoyées par mail à une adresse dédiée, et les cas transmis par un réseau de délégués répartis en France. « Le correspondant remonte une situation, mais un citoyen peut le faire aussi en ligne », ajoute le journaliste Henri Frasque, référent Ofalp côté est pour le Club de la presse Occitanie. Chaque signalement est ensuite vérifié par des journalistes, afin de confirmer qu'il s'agit bien d'une atteinte à la liberté de la presse. « Un contrôle demande entre trois et sept heures par dossier », précise la journaliste Cécile Dolman, membre du bureau de l'Ofalp,
Les 91 cas recensés par l'Ofalp dans son premier rapport publié en février 2026 (il porte sur l'année 2024), couvrent un large spectre : atteintes à la sécurité et à l'intégrité physique et morale (48 cas), pressions judiciaires et privations de liberté, entraves à la collecte de l'information et pressions, censures et atteintes à l'indépendance, et enfin déstabilisation et désinformation. Dans 38 cas, l’auteur principal faisait partie des acteurs publics ou représentants de l’État, dont les forces de l’ordre. Les individus isolés (1 cas sur 5) étaient suivis de près par les groupes informels (14 cas). « Plusieurs atteintes étaient liées à l'extrême-droite », relève également Henri Frasque.
144 signalements à l'étude pour 2025
Questionné début juillet, l'Ofalp prépare son rapport 2025, dont la publication aura lieu « probablement fin 2026 », indique Cécile Dolman. Son calendrier reste toutefois dépendant des financements de l’organisme pour mener ce travail à terme. Un appel aux fonds est d’ailleurs lancé (www.soutenir.ofalp.org). Mais un chiffre donne déjà la mesure de l'ampleur du phénomène : 144 signalements sont en cours d'étude sur l'année 2025. Des situations pas encore formellement caractérisées comme des atteintes à la liberté d'expression, la vérification se poursuit…
Sylvie Brouillet et Yoakim Sigaud
Journaliste et étudiant en journalisme
Les atteintes signalées par le Club de la presse Occitanie depuis 2025
• 31 janvier 2025 : Un journaliste corresponde à Toulouse est expulsé d’une réunion publique de Jean-Luc Mélenchon à l’université du Mirail.
• 16 février 2025 : Lors du match de foot entre le Montpellier Hérault sport club et l'Olympique Lyonnais, deux femmes photographes de presse subissent des insultes sexistes de la part de supporters.
• 27 juin 2025 : Un journaliste de Midi Libre est convoqué comme témoin par les policiers de la Division de la criminalité organisée spécialisée (DCOS), au commissariat central de Montpellier.
• 10 septembre 2025 : Un jeune journaliste en formation à l’ESJ PRO Montpellier est agressé deux fois alors qu’il couvre les manifestations du mouvement « Bloquons tout ».
• 16 décembre 2025 : Un journaliste et une reporter-photographe de Midi Libre est pris à partie par des agriculteurs lors d'une manifestation au péage de Béziers-Cabrials.
• 27 décembre 2025 : Les locaux de la locale d'Auch de La Dépêche du Midi est pris pour cible par des agriculteurs.
• 5 janvier 2026 : Une cinquantaine d’ostréiculteurs bloque les accès du siège de Midi Libre à Saint-Jean-de-Védas. De nombreuses dégradations ont été constatées.
• 7 janvier 2026 : Le maire de Perpignan publie un post sur Facebook dénigrant un journaliste de L’Agglorieuse.
• 5 juin 2026 : La rédaction du Petit Bleu d'Agen (Groupe Dépêche du Midi) reçoit une lettre de menaces de mort accompagnée de balles.
• 10 juillet 2026 : Quelques jours après l’agression mortelle du jeune Louis à Narbonne, un journaliste de L’Indépendant est pris pour cible sur les réseaux sociaux, après avoir été attaqué par un journaliste du média d’extrême droite Frontières, sur CNews, et par le député RN de Narbonne Frédéric Falcone.
• 16 juillet 2026 : Une journaliste de La Dépêche du Midi chargée des secteurs Moissac et Castelsarrasin, est prise à parti lors d'une réunion publique du RN 82, qui fait venir le député Julien Odoul.
Média actu'
Interview
Com actu'
Métiers actu'
Club'actu