Quel est votre domaine d’activité de prédilection ?
En parallèle de mes collaborations avec des titres spécialisés (moto, handicap), je m’attache à explorer des enjeux de société émergents, avec le souhait de mettre en lumière des personnes et des territoires peu représentés, notamment dans le Sud-Ouest de la France. De façon plus ponctuelle, mes reportages couvrent également l’actualité internationale (Afrique, Europe, États-Unis).
Rencontrez-vous des difficultés dans votre activité professionnelle aujourd'hui ?
Les principales difficultés rencontrées ne tiennent pas tant à l'essor de l'IA mais plutôt à la précarité du statut de pigiste et à la forte concurrence dans un secteur, où il faut sans cesse démarcher et fidéliser les rédactions. Les tarifs d’achat bas pratiqués par certaines agences filaires contribuent aussi à dévaloriser le travail de photo-journalisme. En revanche, il m'arrive régulièrement d'utiliser l'IA pour des taches de retranscription d'interviews audio, de traductions ou de reconnaissance visuelle de personnes ou d'objets sur des photos, qui nécessitent cependant toujours une vérification humaine.
À quoi attribuez-vous ces difficultés, et pensez-vous que l’émergence de l’IA contribue à ces difficultés ?
Je vois plutôt des difficultés liées à la santé fragile de la presse écrite, ce qui peut inciter certaines rédactions à adopter des stratégies de précarisation des pigistes en recourant à des pratiques "limites" (incitation à se faire payer en notes d'auteur, voire à se constituer en auto-entrepreneur indépendant, vol de photos, recours abusifs à la mention "DR", paiements tardifs, pratiques léonines de certains médias, ...). Les causes ne sont pas directement liées à l’IA : baisse du lectorat, attrait croissant pour les contenus vidéos en ligne, tendance au scrolling et à la consommation d’information rapide. En France, la tentation de certains titres, pour économiser de l'argent, de recourir à des images générées par l’IA plutôt qu’à de vraies photographies, reste marginale et assumée (illustrations futuristes ou conceptuelles). Pour l’instant, la presse s’est dotée de chartes et de garde-fous, même si la vigilance reste de mise pour éviter que certains ne franchissent le Rubicon.
Cela dit, l’IA représente une menace en matière de respect du droit d’auteur, notamment à cause de l’entraînement des IA génératives à partir de vraies photos et du travail de référencement IPTC des images réalisées par les photographes. Alors que les logiciels d’IA générative doivent clairement indiquer les sources des informations textuelles (comme le prévoit l’IA Act européen), les images créées à partir de photographies réelles, utilisées sans consentement dans les bases d’entraînement de ces IA, ne bénéficient pas d’un référencement précis. Cela pose un vrai problème d’atteinte aux droits d’auteur. Heureusement, la profession commence à se structurer. Des procès ont été gagnés par des photographes aux États-Unis contre des violations de leur travail par des sociétés d’IA, ce qui est encourageant.
Comment voyez-vous l’avenir pour les professionnels de l'information, et quel sera selon vous l’impact de l’IA sur nos métiers ?
Tant que l’information continuera à être encadrée par des chartes et des codes de déontologie solides, je ne redoute pas l'IA en tant que telle. Je vois surtout une évolution liée à la nécessité pour la presse écrite d’investir pleinement dans le numérique. L’IA, dans ce contexte, apparaît plus comme un outil d’automatisation utile pour certaines tâches répétitives, ce qui permet aux professionnels de se concentrer davantage sur les activités à forte valeur ajoutée.
Propos recueillis par Patrice Lallement
Directeur de projet communication liO - Région Occitanie
©Sophie Bellard
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