Des sites, journaux, radios ou TV locales ont fait appel aux outils d’intelligence artificielle pour créer une veille, des podcasts, des newsletters, des chatbots, ou encore explorer et valoriser leurs archives. S’inspirer des expériences de ces confrères, c’est ce que propose Le guide IA des médias locaux de l’association Ouest Médialab.

Une douzaine de médias de proximité français et européens, dont La Dépêche du Midi, ont expliqué des projets d’intelligence artificielle (IA) à Ouest Médialab. Cette association nantaise, « engagée pour le futur des médias locaux » selon son directeur Julien Kostrèche, les a rassemblés et analysés dans Le Guide IA des médias locaux fin 2025. « Nous avons retenu des cas diversifiés et transposables. Au final, sur un projet IA, ce qui va être regardé, c’est le retour sur investissement, par exemple le gain d’abonnés », lance Julien Kostrèche.

De cette plongée dans les projets IA, Ouest Médialab retient une série de leçons, relayées par Jimmy Darras, chef de projet veille et formation, lors d’un webinaire fin novembre.

Pas besoin d’être un « gros » média pour sortir des projets IA 

« Ce n’est pas réservé aux grands médias qui ont un service informatique fourni », assure Jimmy Darras. Quatre-Liège Média a pu générer des articles à partir de ses vidéos. « Cette télé locale belge emploie l’équivalent de 35 équivalents temps plein. »

Mieux vaut commencer petit, à partir de problèmes réels. Le journal régional belge L’Avenir s’est concentré sur une tâche chronophage de la collecte d’informations. L’usage de l’IA aurait permis un gain d’une demi-journée par semaine.

Avoir des données structurées est un préalable 

Le quotidien italien L'Eco di Bergamo (fondé en 1880) a structuré une base de données de personnes à partir de 320 000 nécrologies. Une IA a été entraînée pour extraire les avis de décès à partir des archives en pdf du journal, dans le cadre du projet post-Covid « Chaque vie est une histoire ».

Projet IA dit vérification humaine

La plateforme Spatz News, qui se présente comme « le nouveau journal de voisinage par mail et Whatsapp », envoie des éditions sur 15 territoires ruraux suisses début 2026. Chacune des newsletters générées par l’IA est relue et vérifiée par la rédaction de la plateforme suisse Spatz avant publication.

Démarrer avec des outils du marché, c’est plus simple

Centre France a travaillé avec Copilot, outil de Microsoft. Le journal belge L’Avenir a choisi Claude (Anthropic), en version payante, pour automatiser la collecte d’infos pratiques et générer des articles bien référencés. Trois projets ont sollicité NotebookLM de Google pour collecter, analyser et distribuer l’info : ceux de La Dépêche du Midi, d’Ici et de La Voix de l’Ain. NotebookLM (conçu avec les modèles Gemini) travaille seulement avec les sources importées, sans aller en chercher sur Internet. La Dépêche du Midi l’a utilisé pour préparer la couverture du premier procès Jubilar à l’automne 2025. « Une équipe de journalistes dédiés a implémenté plus de 600 articles produits par La Dépêche sur cette affaire majeure, ainsi que leurs notes et documents personnels, dans l’application NotebookLM de Google. Grace à ce nouvel outil d’IA, ils ont approfondi leurs recherches et amélioré le traitement de ce rendez-vous d’actualité incontournable », a expliqué sur Linkedin La Dépêche fin octobre. De son côté, Ouest-France a développé son propre outil, un agent conversationnel pour ses lecteurs, à l’occasion des 24 Heures du Mans en juin 2025. Le chatbot Topo a répondu aux internautes durant l’événement, avec des réponses issues des contenus du quotidien. Le quotidien a expliqué à ses lecteurs que « cette solution propriétaire, 100 % développée en interne par une quinzaine de personnes pendant plusieurs semaines, est donc sécurisée et protège nos données ».

Mieux vaut impliquer ses équipes dès le début

Le média norvégien Mediehuset iTromsø a organisé des ateliers collaboratifs avec les journalistes de la rédaction pour construire son outil de veille. Conseil d’Ouest Medialab : avoir une personne référente sur l’IA.

Tester et retester comme dans toute conduite de projet

Pour son agent conversationnel Topo, Ouest-France a procédé à de nombreux tests, y compris sur le safety check pour filtrer les questions malveillantes.

Sylvie Brouillet

Journaliste

sylvie.brouillet@orange.fr

 

Un e-guide à renouveler
Le guide IA des médias locaux édition 2025-2026 est disponible à l’achat en ligne (79 € HT) sur le site web d’Ouest Medialab, qui a financé cette première étude sur ses fonds propres. « Nous travaillons sur une nouvelle mouture. Ce n’est pas la matière qui manque, comme nous l’avons vu au ‘sprint IA des rédactions’ fin novembre à Paris, auquel a d’ailleurs participé Midi Libre », assure Julien Kostrèche. La nouvelle édition de l’e-guide pourrait sortir avant le prochain Festival d’info locale (FIL) fin septembre ou bien vers la fin 2026. « Nous cherchons des partenaires », lance Julien Kostrèche.

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