Les publications des collectivités sont parfois plus pimpantes, mieux rédigées et mieux présentées que certains journaux traditionnels. On peut y trouver des papiers bien anglés, bien titrés, bien illustrés. Et pour cause : ils sont souvent rédigés soit par d’anciens journalistes, formés dans les meilleures écoles, soit par des journalistes encartés pour arrondir leurs fins de mois. Les « journalistes territoriaux » sont-ils pour autant des journalistes ? Oui, répond l’un d’eux, dans le dernier numéro d’Accroches, puisque « l’objectif est le même » que pour un journaliste encarté : « être lu, soigner son accroche et sa chute, vérifier les infos ». Un autre explique qu’il « communique en utilisant les outils du journalisme ». Bien résumé.
Qu’est-ce qui définit un journaliste ? Si on se réfère à la Charte de déontologie de Munich, qui a édicté, en 1971, les droits et les devoirs de la profession, un journaliste doit « respecter la vérité » et « ne jamais confondre [son métier] avec celui du publicitaire ou du propagandiste ». Tous les journalistes encartés respectent-ils à la ligne ces préceptes ? Non, bien sûr. Mais la majorité s’efforce de sortir des informations en résistant aux pressions des annonceurs, qui sont parfois des collectivités. Pour les publications, c’est beaucoup plus simple : la plume est au service de la collectivité, pas de la vérité.
La Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels identifie un certain nombre de critères pour attribuer la carte de presse : les missions d'un journaliste, son employeur, la part de ses revenus consacrée au journalisme. « Le statut de fonctionnaire ou d’agent territorial est incompatible avec celui de journaliste professionnel », estime Catherine Lozac'h, journaliste au Télégramme et ex-présidente de la CCIJP. Il arrive, dans des cas exceptionnels, que des rédacteurs de publications territoriales se voient délivrer une carte de presse. « Le seul biais possible est la création d’une entité indépendante, avec des financements des collectivités », précise Catherine Lozac'h.
Mais créer et financer une structure externe ne marche pas à tous les coups. La Commission avait refusé le renouvellement de sa carte de presse à un ancien journaliste travaillant pour Infos Levallois, éditée par une association financée par la municipalité dirigée par Patrick Balkany. Décision confirmée par le tribunal administratif, au nom de l’absence d’indépendance éditoriale de la publication... Pour que les « journalistes territoriaux » passent en masse du statut de communicant à celui de journaliste, il faudrait donc que les dirigeants des collectivités accordent l’autonomie à leurs rédactions et se gardent de toute intervention. C’est loin d’être gagné.
Henri Frasque et Laurent Duguet
Journalistes, correspondants régionaux (SNJ) de la CCIJP
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