Depuis plusieurs mois, une menace discrète mais massive s’étend sur le paysage médiatique français. Derrière des noms de domaines banals, des chartes graphiques travaillées et des intitulés qui évoquent la presse locale ou nationale, des centaines de sites d’information sont au final complètement faux. Leur objectif n’est donc plus d’informer, mais plutôt de désinformer voire d’influencer.
Un récent rapport du cabinet d’analyse Insikt Group (Recorded Future) met en lumière l’ampleur du phénomène. Plus de 300 sites internet liés au réseau d’influence russe CopyCop auraient été mis en ligne en 2025, dont au moins 141 en français. Ces plateformes se présentent comme des médias locaux, des journaux “indépendants”, des chaînes de télévision ou encore des partis politiques. Elles ont en réalité une même infrastructure technique et diffusent majoritairement des contenus générés par intelligence artificielle, comme des reformulations d’articles déjà existants, aux narratifs pro-russes, anti-Ukraine et anti-occidentaux.
Les codes du journalisme territorial
La France figure parmi les cibles prioritaires, et le calendrier n’est pas anodin. Le pays entrera dès mars 2026 dans une période électorale avec les élections municipales, avant l’élection présidentielle prévue au premier semestre 2027.
Dans ce contexte, la stratégie décrite par les chercheurs s’appuie de plus en plus sur l’échelon local. En imitant des médias de proximité, ces réseaux cherchent à toucher les citoyens là où la confiance est souvent la plus forte : l’information locale, perçue comme concrète, authentique, familière et moins idéologique ou politique. Certains de ces faux sites reprennent les codes du journalisme territorial, évoquent des problématiques quotidiennes, publient des articles généralistes ou anodins, avant d’y ajouter au fur et à mesure des contenus plus politiques ou clivants. L’objectif n’est pas nécessairement de convaincre immédiatement, mais plutôt d’installer un climat de doute, de défiance envers les institutions et de fragmentation de l’opinion.
Les réseaux sociaux au coeur de la confusion
Ce phénomène s’inscrit dans une dynamique plus large de désinformation globale. L’accès à l’information n’a été aussi facile, et paradoxalement jamais il n’a été aussi difficile de savoir si une information (ou même une photo ou une vidéo) est vraie, d’où elle vient et dans quel but elle est diffusée.
Réseaux sociaux, sites d’actualité, chaînes en continu, plateformes vidéo, comptes d’influenceurs ou de pseudo-journalistes : la multiplication des supports crée un flux permanent, souvent sans hiérarchie ni filtre. Les réseaux sociaux sont au cœur de cette confusion, surtout pour les plus jeunes, car ils permettent une diffusion rapide et massive de contenus, sans obligation de vérification et sans aucune limite.
Si certains créateurs de contenus font un travail sérieux, beaucoup s’improvisent journalistes, commentateurs ou experts sans méthode, sans sources identifiables et sans cadre déontologique. Dans cet environnement, une information fausse mais émotionnelle circule souvent plus vite qu’un démenti sourcé.
Un enjeu majeur : l’esprit critique
Face à cette réalité, la question dépasse la seule ingérence étrangère, elle interroge le rapport de chacun vis-à-vis de l’information et de la façon de la « consommer ». Lire un titre ou regarder une vidéo ne suffit plus. Il faut prendre le temps d’identifier la source, vérifier son ancienneté, sa ligne éditoriale, recouper les faits avec d’autres médias et s’interroger sur ce qui est dit mais également sur ce qui n’est pas dit. Cela vaut particulièrement pour l’information locale.
Les médias ancrés depuis des années sur un territoire (comme le Midi Libre en Occitanie, Ici Hérault, …), qui sont identifiés par leurs lecteurs, disposent d’une rédaction, de correspondants locaux et d’une vraie connaissance fine du terrain et de ses habitants, sont les supports à privilégier. Ces supports « historiques » restent des repères essentiels face à des sites opportunistes qui imitent les codes du journalisme sans en respecter les règles, voire tout le contraire.
À l’heure où l’information peut être fabriquée à grande échelle par des algorithmes et diffusée en quelques heures, l’esprit critique est une nécessité. C’est une condition indispensable pour comprendre le monde qui nous entoure et préserver le débat démocratique, surtout à l’approche d'élections majeures.
Lara Montigny
Correspondante locale Midi Libre
CopyCop Deepens Its Playbook with New Websites and Targets – Recorded Future - Insikt Group – 17 sept 2025 (utilisation 18/12/2025)
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