L’Observatoire français des atteintes à la liberté de la presse, dont le club de la presse est partenaire, s’apprête à publier son premier rapport. Entretien avec l’une de ses fondatrices, la journaliste-enquêtrice Lucile Berland.

Comment est né l’Ofalp ? Pourquoi l’avoir créé ?

L’Observatoire français des atteintes à la liberté de la presse est né en marge des Assises du journalisme à Tours en avril 2023, il y a bientôt trois ans. Sainte-Soline avait eu lieu quelques jours avant [une manifestation contre un projet de méga-bassine], et pas mal de confrères avaient été blessés. On avait le sentiment d’une inflation des atteintes à la liberté de la presse, que ce soient des procédures judiciaires contre des médias ou des rédactions, ou les violences dans les manifestations, les violences policières, le harcèlement en ligne, etc… mais on ne pouvait pas l’objectiver. L’association a été créée fin 2023.

Ce sont des faits qui sont pourtant dénoncés régulièrement par les syndicats de journalistes ou par Reporters sans frontières…

RSF fait très bien le travail de plaidoyer, et ils ont un réseau et des moyens plus importants que les nôtres. Mais il n’y a pas un recensement systématique de toutes les atteintes à la liberté de la presse en France. Ils ont beaucoup de paramètres dans leur palmarès de la liberté de la presse, mais sur les atteintes, nous avons une granularité plus fine. On fait un boulot qui est très complémentaire.

Quels sont vos moyens ?

Limités. Nous avons lancé un crowdfunding qui a permis de réunir 10 000 €, et nous avons obtenu récemment 15 000 € du fonds Concorde, un fonds philantropique qui soutient les piliers de la démocratie, dont la liberté de la presse. Nous avons pu piger quelques personnes, mais 80 % des gens qui travaillent à l’Ofalp sont encore bénévoles. C’est pourquoi le premier rapport que nous allons présenter porte sur l’année 2024.

Que dit-il ?

Nous avons recensé et documenté près d’une centaine de cas. Près de la moitié d’entre eux sont des menaces, des intimidations, des injures, du harcèlement, et du harcèlement en ligne. Le harcèlement en ligne représente à lui seul 14 % des faits recensés.

Comment l’Ofalp travaille-t-il ?

95 % sont des atteintes qui sont parues dans la presse. Nous menons un travail de vérification, et nous avons mis en place un comité de validation. Nous ne prétendons pas être exhaustifs : sur les 35 000 détenteurs d’une carte de presse en France, peut-être 1 000 ou 2 000 nous connaissent aujourd’hui et nous font remonter des informations. Et même pour ceux qui nous connaissent, il peut y avoir des mécanismes d’auto-censure.  

Que peut faire un ou une adhérente du club s’il est victime ou témoin d’une atteinte à la liberté de la presse ?

Nous contacter ou contacter un de nos correspondants. Nous pouvons proposer l’anonymat aux journalistes qui dénoncent des atteintes à la liberté de la presse et qui craindraient des représailles, ou d’être mis à l’écart, notamment pour les pigistes. Dans ce cas, le média ne sera pas mentionné. Mais c’est important que l’atteinte soit relevée.

Quel est l’enjeu de ce travail ? À quoi sert-il ?

Pour dénoncer quelque chose, encore faut-il prouver son existence, décrire et analyser cette menace. Ces atteintes à la liberté de la presse ne concernent pas que les journalistes. Quand on s’en prend à eux, on s’en prend au droit d’informer les citoyens. Notre association compte d’ailleurs un collège de citoyens. Les prochains rapports permettront de mesurer l’évolution dans le temps de ces atteintes.

On constate en Occitanie une recrudescence des atteintes à la liberté de la presse contre des médias locaux ou régionaux : incendie devant Midi Libre, agressions de journalistes pendant des manifestations… c’est général ?

On pourra le dire plus précisément avec les rapports suivants. Le sentiment qui vient du terrain, c’est que les journalistes nous disent qu’ils sont de plus en plus visés, qu’il y a des digues qui lâchent, et une colère qui s’exprime avec de moins en moins de filtre contre les journalistes. Quand on n’est pas d’accord avec le message, on tire sur le messager…

Propos recueillis par Henri Frasque

Journaliste

 

Pour contacter l’Ofalp : contact.ofalp@proton.me

Correspondant Occitanie est :

Henri Frasque henri.frasque@gmail.com

Correspondant en Occitanie ouest :

Anthony Assémat aassemat@lejournaldici.com

À lire aussi