Le directeur de la rédaction du site et du magazine Altermidi a cheminé professionnellement, pas dans les boulevards déjà tracés ou les impasses de la marginalité, mais dans une voie singulière, orientée par une certaine idée de l’information.

« Le journalisme mène à tout à condition d’en sortir.* » Ce poncif, il faut le retourner pour présenter Jean-Marie Dinh. Pour lui, tout a mené au journalisme. Portrait, par petites touches, de ce paisible passionné de 62 ans.

L’attrait pour l’ailleurs

Jean-Marie Dinh, plus parisien que banlieusard de Draveil (Essonne), met, à 18 ans, le cap sur l’Afrique : trois mois en Guinée Bissau, Gambie et au Sénégal. « Pas du tout par exotisme, mais pour voir une autre vie » et satisfaire sa curiosité pour le mouvement culturel africain. Le Vietnam, bien sûr, où son père est né. Pourvu de la commande d’un article sur la cité impériale de Hué pour Le Courrier de l’UNESCO,  il rencontre son arrière-tante, échange avec des écrivains, des professeurs. L’envie de vivrr là le titille. Le tropisme pour l’Orient lointain persiste. En 1998, Jean-Marie Dinh ouvre, place du Millénaire, à Montpellier, la Maison de l’Asie, un petit salon de thé et, avant tout, un pôle culturel, ouvert sur la Chine, le Japon ou le Vietnam, avec animations, expositions et conférences.

L’enracinement en Languedoc

Ce voyageur n’est pas un nomade. Il suit sa compagne à Nîmes. Il s’y installe et fait sienne un’ culture hybride de musique gitane et de vibrations taurines. Il parcourt le Gard et l’Hérault pour des reportages. A la faveur de ses études de lettres modernes à l’université Paul Valéry, il découvre Montpellier. Il y représente Nîmes-Matin, brève tentative du Méridional de prendre pied sur le territoire de Midi Libre. Aujourd’hui, il vit dans les Cévennes.

La culture nourricière

Dès l’adolescence, à Paris, il se passionne pour maintes musiques, punk compris. Il fait ses premiers pas en journalisme en proposant au maire de sa commune une rubrique Musique dans le journal municipal. L’élu donne son accord au culotté gamin de seize ans. Jean-Marie Dinh continue à exploiter ce gisement culturel, du côté de Nîmes et de Montpellier en pigeant pour Calades, Regards, La Lettre d’Hermès, dont il lance l’application, et Reflets, dont il assure la rédaction en chef. « C’était une époque d’effervescence, ça bougeait dans la musique, la littérature, les arts plastiques. »

Le passeur de frontières

En gardant son identité de journaliste, il n’est pas bloqué par la défiance mécanique vis-à-vis de la communication. Comme bien d’autres, pour y trouver des ressources complémentaires, mais aussi pour disposer d’une plus ample culture professionnelle. D’où des stages à l’AFPA (Agence nationale pour la formation des adultes) et l’agence Anatome, spécialisée dans la communication publique. De même, Jean-Marie Dinh n’est pas hostile à l’égard des entreprises. Mais il choisit d’aller vers celles de l’économie sociale et solidaire (associations, coopératives et mutuelles). Et il suit la formation de dirigeant d’entreprise de l’ESS.

La maturation à La Marseillaise

Jean-Marie Dinh travaille pour ce quotidien communiste pendant treize ans… sans avoir jamais eu la carte du parti en poche, un double signe : engagement et indépendance. Recruté à l’agence de Montpellier il couvre la culture. Il fait ses preuves… et fait face aux épreuves, dans un journal perclus de difficultés financières. Il s’engage au Syndicat national des journalistes CGT, comme délégué syndical et membre du comité national où il contribue, en 2010, à la première enquête nationale sur la souffrance au travail des journalistes.  « En participant aux négociations nationales avec les patrons et les représentants du ministère, j’ai acquis une vision large des entreprises de presse ». La Marseillaise va mal. Réduction des effectifs, redressements judiciaires, tentative ratée de reprise par les salariés, en 2018, Jean-Marie Dinh décide de partir.

Altermidi, un certain aboutissement

« Que faire de mon expérience, de ce métier chevillé au corps et de ma conception de l’information, sinon créer un média ? ». Jean-Marie Dinh lance Altermidi :  en avril, 2020 un site d’information régionale généraliste inscrit dans l’ESS et, dans la même veine, en juillet 2021, un magazine trimestriel. Cette nouvelle offre est interrégionale : Occitanie et Sud Provence. « Pour mettre en cause, par l’horizontalité, un système de pouvoir vertical », explique notre passeur de frontières.  Autres ouvertures, l’actualité nationale et internationale a sa place et la rédaction est composée de journalistes, dont moi-même, et aussi d’autres collaborateurs, venus de divers horizons. Démonstration de la solidité de leur investissement et de la fragilité du journal, ils sont tous bénévoles.

« Nous faisons un journal engagé, mais pas militant », résume le directeur de la rédaction. Les choix éditoriaux sont clairs : le regard, attentif et exigeant, sur l’action des collectivités locales, l’expression citoyenne, l’ESS, les initiatives solidaires, les résistances écologiques, la culture en mouvement, l’espace méditerranéen. Avec enquêtes et interviews, analyses et décryptages, sont traités au plan local des questions nationales comme « Où en est le collectif ? » ou « Quelle place donner à l’enfant ? ». Pour Jean-Marie Dinh, « Il faut décloisonner l’information régionale, valoriser le pluralisme pour sortir de l’écosystème médiatique, cultiver l’indépendance de la presse pour se situer entre les pouvoirs et la population. »

Voilà la résultante du parcours de découvertes et d’écoute : l’œil ouvert, sans œillères, les convictions, sans crispations.

Alain Doudiès

Journaliste

©DR

*De l’académicien et journaliste Jules Janin (1870-1874).

 

Concentration des médias, désinformation, crise démocratique : comment faire face ?

Jean-Marie Dinh répond, en éditeur et en citoyen.

· « Face au pouvoir monopolistique des milliardaires, redonner, dans les médias, du sens au politique : diversification des angles, information plus qualitative, prise de distance à l'égard des pouvoir économiques et politiques.

· Soutenir le pluralisme de l'information régionale : un devoir, pour les collectivités locales, dans leur mission démocratique.

· Enrichir et développer l'esprit critique en modifiant la manière d’informer.

· Faire vivre le débat démocratique, dénué de calcul politique, par rencontres et débats ouverts sur l’actualité régionale.

· Descendre de son piédestal politique ou médiatique, accueillir l'expertise citoyenne, contribuer ainsi à mieux servir l'intérêt général et à regagner la confiance, en évitant la spirale qui conduit à la violence.

· Défendre par la syndicalisation un métier attaqué de toutes parts. »

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