Les défis sont nombreux pour la presse traditionnelle. Diminution des revenus publicitaires, migration des lecteurs vers des plateformes gratuites et méfiance croissante du public envers les médias engendrent un contexte préoccupant. Le financement participatif peut donc apparaitre comme une alternative viable. Assurant des soutiens financiers et créant des liens solides et de confiance avec la communauté ciblée. Un moyen d’être indépendant, en produisant un contenu de qualité, répondant aux attentes des lecteurs.
Sur son site, Made In Perpignan affiche viser à « raconter un territoire, son quotidien, ses enjeux, ses habitants et leur culture ». Sa fondatrice et rédactrice en chef, Maïté Torres ajoute qu’« il est difficile d’accéder à une information fouillée. Nous avons choisi de faire un média sans pub et sans collecte de données. Et en accès libre ». De fait, depuis 2016, ce sont plus de 3600 articles auxquels on accède gratuitement, en ligne. S’éloignant des faits divers et traitant des sujets en profondeur et sur le temps long. Aujourd’hui, le média emploie quatre journalistes et un correspondant. « Quant au financement, nous collectons des dons toute l’année. Nous avons aussi un club des ambassadrices et ambassadeurs qui s’engagent à verser au moins cinq euros par mois » explique la fondatrice. « Gagnant en visibilité, nous constatons une progression des dons et du nombre de donateurs. » Pour ces participations, des contreparties sont prévues, comme des priorités à des évènements, des livres offerts. « Vu l’augmentation du nombre de nos ambassadeurs, en 2025 nous organiserons des apéritifs une fois par trimestre. On va aussi lancer des conférences de rédaction qui leur seront ouvertes » se réjouit Maïté. À ces avantages s’ajoutent des déductions fiscales que permet l’adhésion du média à l’association J’aime l’info, créée par le Syndicat de la Presse Indépendante d’Information en Ligne (SPIIL). Les collectes sont effectuées sur la plateforme Donorbox.org. Bien entendu, ces ressources sont complétées par la revente de droits sur les articles et les photos, par des actions d’éducation aux médias, par le soutien du ministère de la Culture. « Et dans le cas où nous participons à des appels à projet non financés en totalité, on peut faire des collectes spécifiques » précise-t-elle. Des rémunérations sont aussi obtenues dans le cadre de la plateforme Google News Showcase qui affirme « aider les participants à présenter en ligne des contenus d’actualités de qualité qui profitent aux lecteurs comme aux éditeurs ».
Médiacités, journal en ligne fondé en 2018, a choisi un journalisme d’investigation et de décryptage, sans publicité, au service des citoyens de Lille, Lyon, Toulouse et Nantes. Permettant d’exercer un véritable contre-pouvoir local. Gaël Cerez, le rédacteur en chef, affirme d’emblée « la volonté de Médiacités d’améliorer la démocratie. Avec une exigence de transparence dans les choix politiques de nos dirigeants locaux, en permettant aux lecteurs d’accéder aux informations financières, subventions, notes de frais ... ». Au-delà, il faut se référer au Manifeste de Médiacités. En ce qui concerne le financement participatif de son média, il précise que « depuis quatre ans, nous faisons des campagnes d’abonnement et de dons. Ainsi que des appels spécifiques pour approfondir des enquêtes sur certains sujets ou lorsque nous rencontrons des problèmes judiciaires ». Avant d’insister sur la Société des Amis de Médiacités (SDA). « C’est le deuxième actionnaire après les fondateurs. » Ceux-ci bénéficient de la défiscalisation, d’une lettre trimestrielle, de réunions en visio, ainsi que d’invitations à des évènements, conférences, rencontres, ciné-débats... Il se félicite que « pour 2024, le mixte financier a bien fonctionné. On a dépassé de 10% l’objectif de 100 000€. Cette somme provient pour 35% d’abonnements, 48% de dons, sachant que pour un don de 60€, l’abonnement est offert. Le reste est assuré par la SDA. » Une autre contrepartie originale a été imaginée pour les gros donateurs, avec une visite guidée des villes, en fonction des enquêtes, avec un déjeuner. Et quand Gaël et son équipe auront terminé d’analyser la campagne 2024, un évènement ouvert à tous est prévu. La proximité avec les lecteurs est en effet essentielle, à l’exemple de l’ouverture des conférences de rédaction ou de la création d’une mission de sociétaires pour analyser les stéréotypes de genre dans le journal. Médiacités bénéficie aussi d’une aide au pluralisme de l’État, d’appels à projet de la commission européenne. Des partenariats éditoriaux ont été noués avec Médiapart, France Télévision et les Surligneurs, un média juridique.
Au-delà des médias sollicités, Coop-médias est un outil au service de la presse indépendante. Elle est née le 9 octobre 2024, dans le cadre du Collectif Transition Citoyenne, réunissant 34 organisations. Médias, mouvements associatifs, entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire (ESS). Médiacités en fait partie et Maïté Torres compte y participer. La coopérative vise aussi des milliers de citoyennes et citoyens. Robin Saxod, un des co-fondateurs, commence par expliquer que « le rachat de médias par des milliardaires ainsi que le durcissement des discours réactionnaires ont déclenché cette initiative. Autre constat, féminisme et écologie sont insuffisamment traités par la presse mainstream. » D’où l’appel à souscription dans le cadre d’une Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC) à capital variable permanent. « Fin 2024, nous avons réuni 650 000€. Les personnes physiques ont souscrit pour 500 000€. Le reste a été versé par des acteurs de l’ESS, des mutuelles ... Avec un objectif de trois millions d’euros, fin 2025. L’idée serait d’avoir un financement équivalent de particuliers et d’institutionnels », souhaite-t-il, avant de développer les quatre axes de développement de la coopérative. « Le premier concerne les prêts à taux faibles que Coop-médias pourrait consentir à deux ou trois médias, cette année. Le second vise à mieux les diffuser par la création d’un portail web de la presse indépendante. Ce portail préexiste sous la forme d’une revue... Le troisième veut permettre la mutualisation des moyens avec un portail de partage de compétences. Enfin, un volet sera consacré à l’éducation populaire. » Coop-médias mènera aussi des actions de lobbying en direction du grand public et des institutions. In fine, Robin Saxod vante l’intérêt pour les particuliers de prendre des parts sociales défiscalisées car il y voit une alternative aux modèles dominants, une défense du pluralisme pour une bonne santé démocratique.
Ces volontés de financement participatif et de mutualisation réunissent les trois structures. Et leur apparait comme une solution durable, capable de redynamiser le paysage médiatique en mobilisant largement la société civile.
Guy Hébert
Correspondant pour patrimoinedefrance.fr
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