Quelles sont les principales erreurs commises par les journalistes et les communicant·es lorsqu’ils abordent les questions de genre ?
Ils et elles n’ont pas toujours conscience des biais dans leur travail. Les principales erreurs sont issues de nos biais. Le grand obstacle est l’habitude de recourir au masculin générique. C'est un réflexe qui, au fil du temps, devient invisible. Il y a
des petites choses qui me semblent assez simples à mettre en place, que ce soit à l'écrit et à l'oral pour être plus inclusif dans son discours.
Par ailleurs, les sujets liés au genre sont souvent abordés de manière isolée : le vrai défi est d’intégrer la question du genre dans toutes les narrations sans la réduire à une catégorie à part.
Comment peut-on adopter une écriture plus égalitaire dans sa production ?
La première étape est d’assumer le fait que la langue influence nos perceptions. Plutôt que de féminiser systématiquement les mots, il s’agit de "démasculiniser" la langue. Un exemple très simple : au lieu de dire "les directeurs", il serait plus inclusif de dire "les personnes responsables de direction". Cela n'exclut personne et permet de laisser place à la diversité.
Il est aussi crucial de questionner les choix de mots dans les premières accroches d’un contenu médiatique ou communicationnel. Par exemple, remplacer "le parcours d'une femme dirigeante" par "le parcours d'une personne dirigeante" : cela montre que les femmes peuvent occuper ces fonctions sans avoir besoin d'une qualification supplémentaire.
À la radio, où l’oralité joue un rôle clé, il est essentiel d’éviter des formules comme "Bonjour à tous". Un simple "Bonjour à toutes et à tous" peut avoir un grand impact sur l’inclusivité du message. Il faudrait aussi quelques formations à destination des journalistes et communicant·es autour des réalités de genre.
Certaines rédactions ou agences hésitent encore à s’engager dans cette voie. Comment les convaincre ?
L'argument principal est que l’écriture égalitaire n'est pas une contrainte. Elle permet une plus grande précision dans le langage et une meilleure représentation. Le masculin générique, par exemple, crée une illusion de neutralité, mais il masque les déséquilibres de pouvoir et d’opportunités. En adoptant une communication égalitaire, les rédacteurs et rédactrices ouvrent la voie à une narration plus juste, qui inclut tout le monde.
Il faudrait élaborer une charte de manière à ce que tout le monde écrive de la même manière. Parce qu’à la relecture ou au secrétariat de rédaction, c'est compliqué. Il faut uniformiser pour permettre une écriture harmonisée, plus
inclusive, moins exclusive.
Il faudrait aussi mettre en avant l'intérêt d'élargir l'audience en parlant au plus grand nombre et en n'intégrant pas seulement des questions de genre, mais aussi des questions de race ou de handicap. Plus on s'adresse à une base large, plus on a de chance d'avoir de lecteurs et lectrices, mais aussi d’auditeurs et auditrices.
Quels conseils donneriez-vous pour intégrer cette dimension égalitaire dans les pratiques quotidiennes ?
Il faut d’abord se former, être curieux et se questionner. Si un ou une journaliste ou professionnel·le de la communication n’a pas encore intégré les enjeux de la représentation dans son travail, c’est important qu’il ou elle cherche à s’informer, à lire des études. Il faut commencer petit à petit. Par exemple, revoir l’utilisation des pronoms et des titres, prêter attention à l’équilibre des genres. Je conseille aussi de se faire un petit lexique de mots épicènes, par exemple. Enfin, il est essentiel de pratiquer une communication qui ne se contente pas de refléter la société, mais qui aspire à la transformer, en étant plus inclusive, plus juste et plus représentative. Bien évidemment, on ne peut pas du jour au lendemain devenir inclusif dans notre langage mais je trouve cela pertinent de s'adapter à sa cible.
Propos recueillis par Sarah Bessadra
Journaliste pour Mon Quartier, Ma Life
© Bea Uhart
Mini-bio de Magalie Lacombe
Magalie Lacombe est journaliste depuis vingt ans et formatrice spécialisée sur les questions de genre, notamment dans le
cadre de l’association Prenons la Une. Après quinze ans chez Radio France, elle a « pris conscience de l’impact des biais inconscients sur la rédaction et la diffusion des sujets » et a décidé de passer un DIU Etudes de genre « pour aller au-delà des intuitions et des ressources disponibles ». Aujourd’hui, elle travaille sur un projet de podcast qui sera diffusé cette année. Elle y partagera des outils simples à mettre en place pour lutter contre les stéréotypes de genre au quotidien.
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