Ils écrivent pour le journal communal ou départemental, travaillent pour des élus et avec des process différents des rédactions traditionnelles. « Ils », ce sont les journalistes territoriaux. Mais sont-ils des journalistes comme les autres ? La réponse avec Vincent Girard, chef de projet éditorial au Conseil départemental de l'Hérault et Pierrick Hamon, chargé de rédaction au Conseil départemental de Haute-Garonne.

Quel est votre parcours professionnel et comment en êtes-vous arrivés au journalisme territorial ?

Vincent Girard : J'ai été formé au Celsa avant de faire du documentaire audiovisuel, d'animer une émission sur la danse contemporaine puis d'effectuer des missions pour Midi Libre, France 3... J'ai débuté dans le journalisme territorial en région parisienne avant de devenir rédacteur en chef à 28 ans.

J'ai rejoint le Département de l'Hérault en 2003 et j'ai travaillé pour un magazine territorial atypique puisque nous faisions travailler beaucoup de personnes : journalistes, photographes... et même dessinateurs de presse ! J'ai été en poste jusqu'en 2015 avant de basculer sur le poste de chef de projet éditorial.

Pierrick Hamon : J'ai fait mes débuts dans le service des sports d'Ouest-France, puis j'ai beaucoup voyagé : l'Est-Républicain à Montbéliard, la Dépêche du Midi à Albi, l'Yonne Républicaine, le groupe Publihebdos (rebaptisé, depuis, Groupe Actu, ndlr) à l'Orne Combattante...

J'ai fait mes premiers pas en tant que journaliste territorial à Bezons avant de devenir le rédacteur en chef du magazine municipal de Gentilly (commune de 20 000 habitants), puis responsable du service communication au sein de la communauté de communes de l'Ile de Ré. Enfin, depuis 2023, je travaille comme chargé de rédaction au sein de la direction de la communication du Conseil départemental de la Haute-Garonne, c'est-à-dire que j'écris des discours du président, ses éditos et quelques articles pour le magazine de la collectivité et le site internet.

Dans votre carrière, vous avez été à la fois journaliste « classique », dans une rédaction, et journaliste territorial. Quelles sont les différences entre les deux métiers ?

VG : Etre journaliste territorial, c'est s'adresser à une cible plus petite mais avec un impact plus fort : dans l'Hérault, c'est une gageure de raccorder 5600 agents, qui représentent 200 métiers répartis sur 110 sites différents. En presse traditionnelle, on a un patron de presse au-dessus de nous. Dans la territoriale, le patron est un élu. Il y a une dimension politique avec laquelle il faut être à l'aise. Les articles sont relus et validés et nous avons, je pense, une plus-value par rapport à la presse classique, notamment sur le traitement des sujets sociaux. On a l'impression de combler un vide et de donner des infos que n'ont pas les gens. Et en plus, c'est de la presse gratuite.

PH : L'écriture des articles est différente quand on travaille pour une collectivité. C'est un exercice de valorisation, plus pointu, mais aussi de vulgarisation. Je ne fais pas relire mes articles à mes interlocuteurs. En revanche, la relecture est automatique avec le cabinet du président. On a peut-être davantage en tête la dimension du service public et de l'utilisation des deniers publics. Et on sent que depuis plusieurs années, les collectivités veulent davantage professionnaliser leur magazine territorial.

Être journaliste territorial vous donne-t-il droit à la carte de presse ?

VG : Non. En revanche, si vous êtres contractuel, vous avez droit à l'abattement forfaitaire lorsque vous déclarez vos impôts (soit la somme de 7650 euros, ndlr).

Conclusion : vous sentez-vous dans la peau d'un vrai journaliste ?

VG : Oui car l'objectif est le même : être lu, soigner son accroche et sa chute, vérifier les infos... Il faut respecter le lecteur, l'intéresser. Il y a aussi le débat sur l'objectivité : quand on lit Le Figaro ou L'Humanité, elle est quand même à géométrie variable ! Je préfère le terme d'honnêteté, avec le respect du citoyen et du lecteur en toile de fond. La presse territoriale est plus transparente, le lecteur sait où il met les pieds. Nous avons une déontologie, même en tant que communicant.

PH : Je pense que nous communiquons en utilisant les outils du journalisme. Hormis le processus de validation, nous faisons exactement les mêmes articles, mais avec des angles différents et avec la même curiosité. On a un portrait dans chaque magazine, on s'intéresse à la vie des gens. Le journaliste territorial touche à beaucoup de sujets. J'aime écrire, rencontrer, confronter. Je ne regrette pas mon choix, je fais ce qui me plait. Et je sais que demain, je peux réintégrer une rédaction sans problème.

Propose recueillis par Anthony Assémat

Journaliste

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