C’est un euphémisme que de qualifier Baptiste Maurel de dynamique. Dircom’ volubile, toujours enjoué et volontiers décalé, cet éternel jeune homme a beaucoup bougé. Du Conseil régional Languedoc-Roussillon à la grande Région Occitanie, du Département des Hautes-Pyrénées à celui des Pyrénées-Orientales, cet hyperactif a néanmoins toujours gardé dans ses bagages une vision toute particulière de la communication publique et institutionnelle.

Au travers de vos différentes expériences dans la communication au sein de différentes collectivités territoriales, quel regard portez-vous sur la pratique et la perception de la communication publique de façon générale ?

Je suis resté scotché l’an dernier, alors que je faisais un cours de com’ publique à ISCOM Montpellier, lorsqu’une étudiante m’a balancé : « la communication publique, c’est pas sexy… »  Alors que c’est un métier qui repose sur beaucoup de jeunes qui y trouvent sens et engagement. Je me suis alors interrogé. Est-ce une méconnaissance du secteur public, ou la communication publique est-elle réellement has been ?

J’ai débuté dans la com’ publique il y a 20 ans ! J’ai suivi son évolution depuis les années 2000. Tout le monde a en tête les campagnes de communication très fortes de Montpellier sous Georges Frêche : « Montpellier, l’entreprenante », « Montpellier, la surdouée » (début des années 80). Puis cette même ville est passée au début des années 2000 à « Montpellier au quotidien », « Quartiers libres » et « Grand cœur ». D’une communication très publicitaire à une communication de proximité !

La difficulté c’est celle de faire la pédagogie des missions de son institution et de la rendre non pas visible, mais compréhensible. En 2025, les services publics et les institutions dont ils dépendent restent peu identifiés par le public. Le fait que le RSA, pourtant géré par les Départements à quelques exceptions près, soit versé par la CAF n’aide pas. La question du non recours aux droits est édifiant et peut dépasser 30 % (1) (les personnes qui ne reçoivent pas une prestation ou un service auquel elles pourraient prétendre). Une part importante ne perçoit pas sa retraite, pour le RSA, c’est 34 % des foyers éligibles qui sont non recourants en moyenne chaque trimestre… Le manque d’information reste la principale raison avancée !

Comment s’attaquer à cet angle mort de la com’ ? Il est nécessaire de sortir de sa zone de confort et d’aller se cogner comme disait Lacan. Une des solutions : investir des comités usagers sur la durée. La communication est éminemment politique, mais avant tout stratégique : elle doit proposer et non exécuter. La communication publique, c’est d’abord un service public avec une exigence de couverture et d’accès. C’est aller là où vivent les gens.

J’ai assisté à l’essor des technologies qui ont pris le dessus sur le message, avec un emballement certain pour les réseaux sociaux et la dématérialisation, alors que 13M de Français éprouvent des difficultés avec le numérique et que la relation téléphonique est le premier contact des usagers avec leurs administrations (2). Je plaide pour une communication publique qui expérimente ses messages auprès de ses différentes cibles, et en particulier lorsqu’elles sont plus fragiles, familiales, jeunes.

Pourquoi et comment pensez-vous qu’une communication et un message peuvent aujourd’hui tenter d’émerger de la surabondance informationnelle ?

Que pouvons-nous faire face à McDonald's qui claironne « Venez comme vous êtes », et qui part à la conquête des campagnes pour permettre à tous d’avoir « un McDo à moins de 20 minutes » de chez soi ? La France compte 14 200 PMU qui rassemblent 6M de français. C’est 11% de la population alors que c’est 7% pour la fréquentation hebdomadaire d’un McDo… à comparer avec les 5 900 agences du Crédit Agricole et les 7 000 bureaux de poste de plein exercice indissociables de nos villages (3). Selon une étude de notoriété réalisée par l’institut BVA en janvier 2024, seules 35 % des personnes interrogées déclaraient connaître France services après que la définition leur ait été donnée alors que les 2 750 maisons France services ouvertes sur le territoire sont à moins de 20 minutes de chaque Français.

Dans le même temps, nos sens interagissent quotidiennement avec 100 à 300 000 messages. Nous subissons tous les jours la pluie informationnelle, les notifications… et dans le même temps, 20% des français, habitants du périurbain et des communes peu denses, et principalement des actifs occupés avec enfants consomment peu d’informations (4).

Alors comment se faire entendre ? Par une communication qui privilégie le temps long ! Comme le Labo PO, lancé par le Département des Pyrénées-Orientales, un laboratoire de solutions climatiques. Les PO sont aux avant-postes du changement climatique et de ce qu’il peut faire subir aux départements du pourtour méditerranéen. Labo PO va interroger des scientifiques et acteurs locaux au sujet des risques majeurs : incendies, sécheresse, inondations… La communication que nous installons embarque dès l’origine les habitants pour faire de la pédagogie loin des coups de com’. C’est aussi, dans une société où beaucoup de sujets sont anxiogènes, l’opportunité d’offrir des bulles de communication qui misent sur l’humour. Mais c’est surtout expérimenter ! Privilégier ce que l’on appelait dans le monde d’avant : le hors médias ! Des triporteurs, des tournées de villes en villages. Le bouche à oreille et la boite aux lettres restent les premières sources d’information. C’est cette campagne de prévention sur les infections sexuellement transmissibles que nous avions montée dans les Hautes-Pyrénées avec des étudiants de Staps et qui a touché sa cible. Le rire est une arme redoutable.

@ CD66

La communication publique est également touchée par les restrictions budgétaires. Pensez-vous que l’objectif « faire mieux avec moins » soit autre chose qu’un doux rêve ou un discours incantatoire ?

Je pense surtout que nous sommes dans le temps de la coopération ! Nous, communicants, avons le devoir d’être les facilitateurs de la visibilité d’évènements, d’initiatives venant d’ailleurs, du monde associatif, d’organismes ou d’autres collectivités. À nous d’inventer de nouveaux partenariats. C’est mettre à disposition les réseaux d’affichage, c’est coconstruire des évènements qui font sens… Tout simplement offrir nos conseils. La com’ est un métier et l’expertise doit rencontrer les moyens sinon c’est mission impossible. Mais il y a des solutions, et le travail partenarial en est un. Le communicant a un rôle majeur à jouer. Faire bouger les lignes, oser, s’amuser, croire, croire encore, continuer à se servir de son intuition et de sa force de conviction !

(1) Chiffre de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DAREES)

(2) Tribune de Johan Theuret dans Le Monde (19 septembre 2023)

(3) Enquête de Vincent Coste pour Midi Libre et de l'Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès (décembre 2024)

(4) Les Français et la fatigue informationnelle. Mutations et tensions dans notre rapport à l'information. Fondation Jean-Jaurès (septembre 2022)

Propos recueillis par Patrice Lallement

Directeur de projet Communication liO

© CD66

 

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