Peu à peu l’environnement est devenu un enjeu majeur. Après les sommets de Stockholm (1972) et de Rio (1992), cette préoccupation s’incarne dans le développement durable. Celui-ci se substitue à la réflexion critique sur la croissance et il intègre quelques préoccupations écologiques. Insuffisant ! L’échec de la démarche de développement durable conduit à la transition écologique. Mais la réponse politique est trop lente. Très rapidement, l’urgence environnementale nécessite de responsabiliser les médias.

50° sous les platanes sur les boulevards de Montpellier

Le réchauffement est sorti des textes pour entrer dans la tête du commun des mortels qui, pendant trente ans, n’ont  rien voulu entendre de ce que le GIEC leur racontait. Puis, subitement, il y a urgence. Comment allons-nous habiter, nous déplacer, nous nourrir, vivre dans la « poêle à frire » * (Michel Rocard) qu’est devenue la planète ? Le public attend des réponses et de l’information. L’idée de « transition écologique » devient familière. Pourtant, ce concept  drequiert un immense effort d’imagination sociale et de pensée philosophique : il s’agit de déconstruire le monde qu’a engendré la révolution industrielle, de créer une planète vivable, dans une nature qui s’annonce de plus en plus artificielle.

 

Investigation et prospective sont à prioriser

En raison des potentiels conflits d'intérêts, le bouleversement en cours va déboucher sur des crises. Au mieux, leur résolution guidera les futurs choix de société, dans le respect des équilibres, de l'humain et de la planète, mais toute dérive est possible. Nous le savons.

 

Investigation et prospective sont à prioriser

En raison des potentiels conflits d’intérêts,  le bouleversement en cours va déboucher sur des crises. Au mieux, leur résolution guidera les futurs choix de société, dans le respect des équilibres, de l’humain et de la planète, mais toute dérive est possible. Nous le savons.

 

Face aux incertitudes les blocages se lèvent

Au cœur des rédactions construites en silos, toute l’actualité se lit en changeant de paradigme, au prisme de la Transition. Ce modèle s’impose déjà là où l’écologie avait sa place : l’environnement, l’agriculture, l’énergie, les transports. La nouvelle vision reste encore trop faible dans les rubriques « société », quand il est question de comportements, de migrations, de conflits, de prédation, de justice sociale.

La transition écologique ne peut se réduire à la transition énergétique, trajectoire de moyen terme. Elle touche modes de vie et valeurs. A long terme, l’habitabilité de la planète repose sur une autre manière de vivre que la société doit construire.  La tendance reste tournée vers une reprise d’un monde « en progrès ». « C’est l’équipement mental, moral, organisationnel, administratif juridique, si longtemps associé au développement, qui tourne à vide parce qu’il était fait pour diriger l’attention vers ce qui est devenu une impasse. Le nouvel équipement n’est pas encore élaboré », nous dit le sociologue et philosophe Bruno Latour.

 

Alors que peut faire le journaliste ?

  • Offrir aux citoyens des exemples de réponse et leur source, les organiser, les faire dialoguer.
  • Construire des ponts entre les mesures de long terme globales et celles de proximité et de court terme.
  • Analyser les réponses des élus : s’inscrivent-elles dans le sens de l’histoire ou ne sont-ce que des mesures pour un mandat électif ?

 

Le faire savoir et la mobilisation des connaissances sont en cours. Le journaliste doit faire œuvre de pédagogie

S’il veut parler d’écologie, il lui faut « absorber » tout le dossier scientifique pour ne pas proposer une solution qui puisse détruire un équilibre. Les sujets sont complexes. Ils engendrent expertises et contre-expertises. La formation permanente devient indispensable. Elle a un peu progressé, via les stages, les rencontres, les débats entre experts et chercheurs. Les institutions nous donnent jusqu’en 2050 pour progresser sur la piste du zéro carbone,  Le temps de suivre la science dans son effort de pluridisciplinarité et de systémisme. Pas de panique donc. Mais qui connait vraiment l’état des ressources, l’horizon de leur épuisement ? Tentons de mettre à la disposition de nos lecteurs des scénarios, des modèles de croissance en expliquant les conséquences des choix qui en découlent.

 

Mais c’est à la société de définir le monde qu’elle veut

Journalistes et communicants n’en sont que parties prenantes. Lors des assises du journalisme 2016, Thomas Sotto renvoyait le journalisme de solutions à « la responsabilité de la société » Aujourd’hui,  des semi solutions immédiates et des petits gestes répondront-ils aux menaces du long terme ?

 

Dominique Martin-Ferrari

 

 

Pour les communicants, le double impératif de la transition

Un enjeu professionnel sans équivalent, par sa dimension et sa complexité : la transition environnementale et écologique s’impose, pour les communicants des collectivités locales,  les agences et les consultants. Centrale, cette question est aussi transversale : elle concerne la quasi totalité des politiques publiques.

Un double impératif résulte de cette situation dont les études montrent la prégnance dans l’opinion (1) : assurer la pertinence de la conception de la communication et adapter sa réalisation.

Volet stratégique

Comment sensibiliser les citoyens en leur donnant à comprendre les causes et les effets du dérèglement climatique ? Comment inciter et convaincre les habitants à changer de comportements et à prendre leur part dans une profonde mutation qui concerne aussi, pleinement, les pouvoirs publics, nationaux et locaux, et les entreprises ? Le cumul des injonctions est une impasse. La voie, difficile et passionnante, à emprunter est celle d’un récit probant vers un avenir à la fois nécessaire et désirable. Cette mise en perspective évite la confuse juxtaposition d’informations éparses. Le récit donne du sens - à la fois signification et  direction - aux décisions publiques et aux changements attendus dans le comportement des citoyens.

Volet opérationnel

Comment réviser complètement le dispositif de communication et s’engager résolument vers une communication responsable, dictée par l’ardente recherche de la sobriété, par volonté de cohérence et d’exemplarité ? Sacrés chantiers !

 

Alain Doudiès

 

(1) « Diriez-vous que l’adaptation de notre société, de notre économie et de nos modes de vie au changement climatique doit être une priorité ? ». Oui, totalement : 41 %. Oui, assez : 44 %. Total : 85 %. Sondage Ifop pour les Intercommunalités de France (Septembre 2023). 1 507 personnes, âgées de 18 ans et plus, interrogées par questionnaire auto-administré en ligne (méthode des quotas).

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