À 77 ans sonnés et 36 livres parus, Dominique Wolton pourrait radoter et gérer, peinard, le patrimoine de sa notoriété de « sociologue de la communication. ». En décembre, à Toulouse, lors de l’ouverture du forum de Cap’Com, il a surpris et embarqué 940 communicants publics.
Le directeur de recherche au CNRS a rompu avec le ton empesé de la conférence. Guilleret, gouailleur, il a levé les lièvres de questions de fond et secoué son auditoire : « Vos métiers sont absolument indispensables. Je vous trouve trop modestes. Vous ne gueulez pas assez fort. Vous ne revendiquez pas assez votre légitimité. Vous n’êtes pas des exécutants. Vous êtes des partenaires de la mise en place d’une politique. » Cette interpellation a mis en perspective la présentation, en primeur, de son nouveau livre.
Une rigoureuse analyse
Après Informer n’est pas communiquer (2021) et Communiquer c’est négocier (2022), Penser l’incommunication est le troisième volet de ses récentes recherches. Dominique Wolton différencie l’information, « le message (voix, son, texte, image, données…), et la communication, « l’altérité, la relation. » Journalistes et communicants sont donc acteurs et d’information et de communication.
Le livre s’ouvre sur la vigoureuse analyse des « limites de l’utopie technique » et « l’emprise du tout numérique » : « L’intelligence artificielle et la vitesse ne sont pas l’horizon de l’humanité». Puis, il présente « la rupture de l’incommunication » : « Une relance pour éviter l’échec de la communication (l’acommunication). Elle oblige à repenser la communication et constitue une école de modestie. » Dominique Wolton privilégie la communication « humaniste et politique » à la communication dominante, « technique et économique ».
Le sociologue appelle au « retour de la pensée critique », notamment avec « l’école qui devrait être le grand lieu de réflexion critique à propos des techniques d’information et de communication. » On pense, bien sûr, à l’action « Esprit critick » du club. Le livre, est un vif encouragement pour les professionnels. « Il faut renforcer la légitimité des métiers qui requièrent du temps, du savoir-faire et de l’expérience. » Suivez son regard.
Un solide point d'appui
Dominique Wolton identifie une série de « défis ». Parmi eux, « ne pas laisser trop l’information-politique identifiée à l’information-service et éviter que l’information-économique, la fameuse data, ne dévitalise l’information ». Et « préserver la place de l’altérité. Pas de communication sans négociation et reconnaissance de l’autre ».
En ces temps de complexité, de confusion, Dominique Wolton n’apporte pas réponse à toutes nos questions, mais il fournit un solide point d’appui pour revisiter et régénérer nos fondamentaux.
Alain Doudiès
Penser l’incommunication - Dominique Wolton - Le Bord de l’Eau Editions (Collection Documents) 2024.
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