Les récents chiffres de la Commission de la Carte d’Identité des Journalistes Professionnels (CCIJP) peuvent faire croire à l’attractivité des métiers du journalisme. La CCIJP, qui a délivré 34 444 cartes de presse en 2023, souligne que pour la première fois depuis dix ans, ce chiffre est en hausse (+1,26 % par rapport à 2022).
« C’est porté avant tout par les premières demandes au nombre de 2 156 (dont 309 de diplômés d’écoles), en hausse de 10,6 % par rapport à 2022. C’est chez les journalistes titulaires salariés à la pige ou en CDD, où l’on trouve une grande partie des alternants, que cette croissance est la plus forte, avec près de 20%. Seules les premières demandes issues de cursus de formation reconnus par la profession sont en léger repli, de -2,2 %. » Pour autant, la tendance de fond est que les rédactions se sont rétractées, avec près de 2 800 journalistes de moins en France en 2023 qu’en 2013. Mais si les médias recrutent au compte-gouttes, voire lancent des plans de départs volontaires, les candidats aux écoles restent nombreux.
« Ce que je note, c'est que le métier est toujours aussi attractif puisque les écoles de journalisme ne désemplissent pas, estime Sophie Arutunian, qui fut responsable pédagogique de 2020 à 2024 à l’ISCPA. La perte d'attractivité a plutôt lieu (parfois) en cours de formation, quand les étudiants se rendent compte que le métier demande rigueur, sérieux, technicité et détermination. Le métier est encore très fantasmé. Mais beaucoup d’étudiants ont aussi un désir de transmission, de pédagogie. »
L’avenir s’annonce incertain. Selon une étude OpenAI-Open Research, les professions « risquant de disparaître » se trouvent en particulier dans les nouvelles technologies, les médias, la formation et le marketing... Pas étonnant alors qu’une étude menée en 2023 par l’agence Oxygen pour prendre le pouls de la profession, montre que 45 % des journalistes français en activité ne recommanderaient pas ce métier aux jeunes. Pourtant, 85 % opteraient encore pour le journalisme si c’était à refaire...
Côté communication, la gamme de métiers est plus diversifiée, aussi il est difficile de donner une seule réponse sur l’attractivité. Pour la professionnelle de la communication Karine Baudoin, qui intervient auprès des étudiants auprès de l’ISCOM Montpellier en Relations presse et publics, relève que « les jeunes délaissent les métiers des relations presse. Ils rêvent tous des métiers liés à l’influence... ».
Sophie Molina, intervenante à l’EFAP Montpellier en communication digitale, a questionné ses étudiants sur leur vocation. Elle est souvent due à une expérience associative, à une expérience professionnelle ou un même stage dans un autre domaine : « j’ai mis le pied dans la communication en intégrant le conseil de la vie scolaire et en organisant des événements… Je m’amusais tellement que je n’imaginais même pas que c'était un métier en fait. Plus tard, en alternance licence management, j'ai travaillé sur la stratégie marketing d’un cabinet de RH. J’ai compris qu’il y avait un poste à part entière et que ça sert à quelque chose », « en entreprise, j’ai vu des personnes qui avaient de bonnes responsabilités, qui bougeaient tout le temps et à qui on faisait confiance ».
C'est en entrant dans une école qu'ils découvrent l'étendue du métier : « la communication, c'est hyper complet ! Derrière ce métier, il y a beaucoup de disciplines », « j’ai repris mes études pour compléter mes compétences en stratégie. Ça a ouvert encore plus le champ des possibles ». Durant leur cursus, leur vocation s’affine autour d’une discipline (graphisme, réseaux sociaux, communication interne, Brand content…), ou plus largement pour ce que représente le métier en lui-même : « la com’ c'est vraiment. promouvoir l’image de la marque. C'est intéresser les gens, leur apprendre des choses », « la marque, c'est vraiment notre bébé en fait. On a envie de tout donner pour qu’elle réussisse à aller le plus loin. »
Sylvie Brouillet
Jean-Marie Charon : « Des jeunes journalistes entre passion et désillusions »
Sociologue, chercheur et ingénieur d’études au CNRS et à l’EHESS, Jean-Marie Charon mène depuis 2021 une vaste enquête sur les jeunes journalistes, dont il a publié les résultats dans un ouvrage fin 2023. Son premier constat : il y a toujours autant de candidats à l’entrée dans les écoles et les vocations sont généralement précoces, dès le collège. Deuxième constat : la motivation. « Ce qui revient souvent, c’est ce désir de faire un métier utile, l’idée de vouloir se mettre au services des gens et d’être sur le terrain », précise le chercheur. De plus, les candidats journalistes associent le métier à une forte autonomie intellectuelle, sous-estimant le lien de subordination. Ils entretiennent un rapport complexe à l’actualité chaude, lui préférant le pas de côté, l’analyse. « Malgré la précarité, la dureté du métier qui leur est présentée dès les premiers stages, ils effectuent un arbitrage en faveur de l’utilité », précise l’expert. Mais le doute s’insinue au fil ensuite des expériences professionnelles, si bien que « les chiffres montrent que 40% des détenteurs d’une première carte de presse ont quitté la profession au bout de 7 ans ».
Propos recueillis par Stéphanie Chemla
(1) 103 journalistes interrogés, âgés entre 22 et 30 ans
(2) Jeunes Journalistes, l’heure du doute - Entremises éditions, 140 pages
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