Les efforts environnementaux des imprimeurs de presse s’incarnent dans des labels, qui s’élargissent à la prise en compte de la RSE. La règlementation oblige aussi la filière à évoluer, récemment en interdisant les encres minérales.

Consommation d’arbres, d’encres, de solvant, d’énergie pour les rotatives : la presse écrite a une assez mauvaise image environnementale sur le papier. Pourtant la préoccupation environnementale gagne : 85 % des titres de PQR ont réalisé un bilan carbone en 2023, au lieu de 31 % en 2021 (source : webinaire sur les pratiques opérationnelles RSE dans les médias tenu début 2024 par My Positive Company). L’impression pèse fortement : le bilan carbone 2023 du premier quotidien régional Sipa Ouest-France montre que l’ensemble « papier, encres et plaques » forme le deuxième poste - plus de 25 % - d’émission de gaz à effet de serre (GES) après le fret. Le bilan carbone d’un journal papier est estimé à 200 g de CO2e par exemplaire en moyenne. « Pour calculer, on peut aussi appliquer à la masse un coefficient de 2 à 2,5 », livre Benoit Moreau (Ecograf), conseiller en environnement de la chaîne graphique et créateur d’outils de calcul de l’empreinte carbone avec les fédérations FNPS (presse spécialisée) et SEPM (presse magazine). « Pour bien estimer, il faut savoir ce qu’on consomme. La profession y est aussi poussée par la nouvelle réglementation européenne de publication d'informations de durabilité par les entreprises, la directive CSRD. »

Éventail de labels et certifications

La transition environnementale se traduit chez les imprimeurs par une série de labels sectoriels, nés au fil d’un quart de siècle. « Imprim’Vert a 25 ans mais tient encore, assure Benoit Moreau d’Ecograf. C’est la base. » Dans le cahier des charges de cette marque collective figurent 5 thèmes dont la non-utilisation de produits toxiques, la gestion des déchets dangereux, le suivi des consommations énergétiques... 2 000 sites sont labellisés, tels 30 imprimeurs en Occitanie, comme les imprimeries du groupe La Dépêche (Occitane d’Imprimerie et IDM) ou l’Héraultais Imp’Act, imprimeur d’Accroches. « La prise de conscience environnementale s’est beaucoup accentuée ces dernières années », assure le directeur commercial Éric Pintard. Né il y a 15 ans à l’impulsion du Groupement des Métiers de l’Impression et de la communication (GMI), Print Environnement encourage une démarche de gestion durable (réduction des déchets, optimisation de l’énergie, certifications). Des labels plus récents globalisent leurs cahiers des charges à la RSE. Lancé en 2018 à l’initiative de l’Union nationale des industries de l’impression et de la communication (Uniic), Print’Ethic est inspiré par la norme ISO 26 000 de responsabilité sociétale. Progressif, il est bâti sur 12 enjeux et 4 niveaux. « Il y a une vraie interrogation sur le sens. Ce n’est pas rajouter une médaille à un général russe », commente Benoit Moreau. Print’Ethic est porté par une quarantaine d’entreprises graphiques, dont une seule en Occitanie, l’imprimeur aveyronnais Burlat. Ce dernier dit chercher en permanence à réduire l’empreinte environnementale et conjugue sept labels : Imprim'vert, FSC, PEFC, ISO 14001, adhérent du Pacte Mondial des Nations Unies, ISO 14001 et Print’Ethic (niveau 2). Plus récent (2020) et multisectoriel, le label RSE Positive Company (200 labellisés) a ses adeptes dans les médias, comme le groupe La Dépêche labellisé fin 2022. Ce dernier a élaboré une démarche RSE baptisée « Groupe Dépêche Verte » qui intègre la réduction de l’empreinte environnementale. Fin septembre, le label RSE Positive Company a été accordé à l’imprimeur Groupe Riccobono (aussi certifié Imprim’Vert, Print Environnement, FSC, PEFC, Blue Angel et ISO 14011). Ce dernier souligne les efforts sur l’éco-conception, les économies d’énergie, la gestion de la stratégie RSE et l’innovation avec le Lab Riccobono, toujours à la recherche de solutions durables. 

Papiers recyclés, FSC, PEFC…

Au cœur du sujet, le papier. L’Ademe recommande dans son Guide de fabrication d’une édition responsable d’exiger du papier labellisé et recyclé, et se réfère aux labels FSC et PEFC (recyclés ou pas), Nordic Swan, Blue Angel (label allemand à 100% de fibres recyclées), Écolabel européen. « Aujourd’hui, 90 % de nos tirages sont PEFC », note Éric Pintard d’Imp'Act Imprimerie (aussi labellisée Imprim’Vert et Print Environnement). De son côté, Ouest-France indique être imprimé sur du papier au taux moyen de fibres recyclées de 90,42 % en 2023. « Quand on peut, utiliser du recyclé certifié, mais ça ne doit pas être un dogme », commente Benoit Moreau. « Le papier recyclé est rare et coûteux depuis le Covid et la crise ukrainienne. Il faut aussi vérifier les certifications », lance le directeur commercial de Groupe Riccobono (8 sites d’impression de quotidiens et magazines en France, dont Midi-Print à Gallargues-le-Montueux), Thierry Doll. Coauteur du blog Ecoattitude2com sur l’impression écoresponsable, Thierry Doll recommande aussi d’optimiser le format et réduire les grammages. Au Festival de l’info locale de Nantes fin septembre, il a plaidé pour l’adoption par la presse territoriale du papier « journal » des quotidiens, moins polluant et énergivore que le papier couché des magazines. « Saviez-vous que le four de séchage d’une rotative heatset consomme en 1 h l’équivalent de la consommation de gaz d’une maison de 100 m2 pendant 1 mois ? L’impression journal est la solution la plus écoresponsable : un papier recyclé, une technologie sans sécheur, donc sans consommation de gaz et de composés volatils, sans colle, sans pelliculage, sans utilisation d’alcool isopropylique, explique-t-il à Accroches. Un bon exemple est le choix fait par la Région Occitanie pour son journal. C’est unique pour une région. »

Encres végétales vs minérales

Les encres passent aussi au crible de la transition écologique. Déjà soumises à malus pour la taxe Citeo, les encres minérales (à base d’huiles d’origine pétrochimique) seront interdites pour les « impressions à destination du public » à partir du 1er janvier 2025 selon la loi AGEC de 2020, qui avait déjà interdit les emballages plastiques pour l’expédition des publications de presse au 1er janvier 2022. Or, l’impression offset (coldheat, heatset ou à feuilles) des journaux et magazines emploient des encres à base d’huiles minérales. « C’est la réglementation la plus dure, relève Benoit Moreau. Mais cela a été mal engagé… » L’Alliance (300 titres PQN, PQR et PHR), le SEPM, la FNPS et l’UNIIC ont contesté la mesure en 2022, arguant de la non-disponibilité de solutions techniques et de l’impact économique. Alternatives, les encres végétales ont été testées par l’éco-organisme Citeo en conditions réelles en 2022 avec Midi Libre, Le Progrès et la Voix du Nord et trois fournisseurs d’encres coldset. Test validé selon Citeo, qui soulignait toutefois le surcoût (20 % à 40 % pour les couleurs et 100 % à 115 % pour le noir) comme le « principal frein incontestable à leur utilisation ». Citeo doutait de la capacité d’approvisionnement des imprimeurs coldset français en encres alternatives d’ici début 2025. « C’est bon pour les imprimeurs offset feuille, le basculement en encres végétales se fait, livre Thiery Doll. Pour l’impression offset rotative sans sécheur, les encres végétales sont plus chères mais disponibles. Mais pour l’impression avec sécheur, le seul choix technique possible actuellement, ce sont les encres blanches, minérales mais raffinées. »

Sylvie Brouillet

Journaliste

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