Le journal Midi Libre fait actuellement face à la grogne d’une grande partie de ses correspondants locaux. Ces chroniqueuses et chroniqueurs de la vie locale, qui n’ont pas le statut de journaliste professionnel, constituent toutefois un maillon indispensable dans la chaîne de l’information de proximité. 

Aujourd’hui, sur les quelque 700 correspondants qui écrivent quasi quotidiennement pour Midi Libre, près de la moitié n’accepterait pas la baisse des honoraires que vient d’appliquer le quotidien régional. Un coup de rabot qui peut atteindre jusqu’à 33% de la rémunération pour des articles dits d’initiative.

Une économie de 100 000 € pour le titre

Payés selon une grille tarifaire qui différencie tous les articles (communiqué, compte-rendu, annonce, initiative, alerte, etc.), ces correspondants, « véritables yeux et oreilles du Midi Libre » dans chacune des localités de l’Hérault, du Gard et de la Lozère (1) auraient appris sur l'interface d’information de Midi Libre la réduction des montants à partir du 1er février 2025.

Ainsi, l’article d’initiative avec photo passe de 30 à 20 €, le compte-rendu enrichi avec photo de 20 à 17 €, le compte-rendu simple avec photo de 15 à 14 €. Pour justifier ces mesures, la direction évoque « les contraintes économiques » auxquelles est confrontée la presse et rappelle que « les articles les plus souvent utilisés sont les moins impactés par ces nouveaux tarifs ». 

Sur un budget global de 1,3 million d’euros consacré aux correspondants, l’économie pour le titre représenterait autour de 100 000 €.

Le soutien des élus du Gard

Ce coup de ciseau dans les honoraires a fait l’effet d’une bombe chez les correspondants, à commencer par ceux des Cévennes gardoises à l’origine de la contestation. Brutalement confrontés à une baisse drastique des revenus, ils ont demandé des explications à la direction de Midi Libre. Une première entrevue s’est déroulée dans les locaux de l’agence d’Alès. Face à l’absence de réponse probante, une vingtaine de frondeurs ont alerté les élus du Gard afin d’obtenir leur soutien. 

La réaction a été immédiate. L’association des maires ruraux du Gard (AMR30), le Collectif des maires des Hautes-Cévennes et l’Association gardoise des maires et des présidents d’EPCI (Établissements publics de coopération intercommunale) ont pondu plusieurs communiqués de presse pour dire « Non à la baisse de rémunération des correspondants locaux de Midi Libre ». Sous la plume du maire de Génolhac, on peut lire notamment que « les correspondants apportent une remarquable humanité au travers de leurs articles, que nous ne retrouvons pas dans les versions numériques ».

Des correspondants qui partent, d'autres débarqués

Alertés, le Collectif national des correspondants locaux de presse et le Syndicat CFDT-Journalistes ont, à leur tour, apporté leur soutien aux correspondants qui demandent « une révision immédiate de cette décision qui fragilise la presse locale » et rappelé que les correspondants de Midi Libre avaient déjà subi, en 2023, la suppression de leur abonnement au journal papier.

Jusqu’où ira la mobilisation des correspondants locaux de Midi Libre ? Certains n’hésitent pas à évoquer « une grève de la copie » si la direction continue à se montrer inflexible. Selon divers médias (AFPHérault TribuneFrance 3 Occitanie), une petite dizaine de correspondants auraient déjà claqué la porte, d’autres s’interrogent.

Dans ce contexte tendu, deux correspondants ont été débarqués. Un à Béziers soupçonné d’être à l’origine de la révolte, l’autre à Grabels pour des raisons éditoriales.

Midi Libre dénonce « une manipulation »

Dans sa dernière newsletter, la section SNJ de Midi Libre regrette que la révision de la rémunération des articles ait été menée « sans concertation directe avec les services concernés » et dénonce « une communication confuse ». Fustigeant la méthode et le choix, elle accuse la direction de « faire des économies sur le dos des correspondants (…) ce qui est regrettable pour un titre qui ne cesse de clamer son rôle de média de proximité ».

En réaction, la direction de Midi Libre s’est adressée à ses correspondants en début de semaine. « Notre journal subit publiquement une campagne calomnieuse, mensongère et diffamatoire », écrit-elle. Elle annonce que « la justice s’occupera du sujet ». Cette intimidation vise-t-elle à faire rentrer les correspondants dans le rang ? Droit dans ses bottes, le titre rappelle que les raisons qui ont conduit à « la révision de la grille de la correspondance ont été communiquées et expliquées en toute transparence ». Et d’exhorter ses troupes à « éviter de tomber dans le piège de la manipulation ».

PhP

© Radio France - Sylvie Duchesne

(1) Dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales, le réseau des correspondants est partagé avec le journal L’Indépendant ; dans l’Aveyron, il est commun à Midi Libre et Centre Presse Aveyron.

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