Du haut de ses talons léopard rayonne une vraie lionne de l’information. Discours punchy, regard direct, CV bluffant, Sophie Merle incarne la noblesse de la presse. Pas celle des salons, ni de l’entre-soi ; mais celle du terrain, du contact, du vécu. Quand elle cause journalisme, elle affiche de la ressource.
Associé à son sens inné des relations humaines, son parcours de globe-trotter des médias hypnotise les jeunes générations. Faut dire qu’elle a débuté au Brésil, travaillé pour Radio Tour Eiffel et le quotidien Les Échos, pour le journal France Antilles, elle a interviewé Fidel Castro, joué les grands reporters pour Zone interdite et 66 minutes, piloté les antennes de M6 à Tours et à Montpellier, recruté et managé de nombreuses équipes à Paris, impulsé le virage numérique et mis en place la stratégie éditoriale digitale de sa chaîne de coeur, enseigné aux étudiants de Sciences Po Paris…
Sophie, femme de presse jusqu’aux bouts des ongles revient donc à Montpellier pour un énième défi : diriger l’ESJ Pro Campus. Objectif avoué : insuffler l’esprit journaleux aux quelque 200 étudiants qui se croisent tous les jours dans la structure de « Conseil et formation dans les médias », propriété de la Fondation Varenne. Une entité basée à Clermont-Ferrand, siège du journal La Montagne, le vaisseau amiral du groupe Centre France.
Transmettre l’info, transmettre le savoir faire
En septembre 2024, elle prend le relais de Benoît Califano, décédé prématurément fin 2023. Ce retour en territoire languedocien, c’est un choix personnel. Un quart de siècle consacré à M6, des enfants casés, un mari prêt à bouger, et là voilà propulsée aux commandes d’un établissement montpelliérain qu’elle connaît bien.
Elle y enseigne depuis 2004 au gré des évolutions technologiques. Son credo, l’adaptation. Écriture journalistique, JT intensif, l’image, le son, la photo, la vidéo, le multimédia, le Web JT, le podcast… Sophie maîtrise l’art de transmettre l’info, elle va désormais transmettre son savoir-faire. Mais pas que…
« La démocratie a besoin de journalisme »
Témoin de son temps, et fort d’un réseau d’une centaine de formateurs détenteurs de la carte de presse, elle entend perpétuer les valeurs de sérieux, crédibilité et de déontologie qui l‘animent dans ce monde ultra-médiatisé, tristement infecté par les fake news, le copié-collé, l’IA approximative, les risques de la désinformation organisée, la perte du sens hiérarchique, sans parler de la dilution des repères.
Sans jouer les redresseuses de torts, elle plaide pour la sincérité dans le métier, l’honnêteté dans l’information, la lucidité dans le monde actuel. « La démocratie a besoin de journalisme. Le métier est en danger. Il est décrédibilisé. Nous devons retrouver la confiance du public. Les journalistes doivent quitter leur piédestal, écouter leur audience, explorer des modes innovants. Nous vivons un tournant majeur de notre métier et l’ESJ Pro entend accompagner les jeunes journalistes afin qu’ils soient en adéquation avec les attentes des entreprises de presse qu’ils intégreront. Les jeunes générations doivent être les têtes de pont de la transformation. »
Traduction : elle entend fabriquer le journaliste 3.0 via une formation MoJo (Mobile Journalism) qui n’exonère pas des fondamentaux éditoriaux. « Oui, les journalistes de demain doivent maîtriser la transversalité des supports afin d’adapter l’info à chaque public, mais ils doivent aussi agir avec la beauté du geste. » L’outil, mais pas sans plume ni éthique.
Alternance, doubles diplômes avec la fac Paul-Valéry…
Ce programme musclé qui tend à casser les silos traditionnels entre presse écrite et presse audiovisuelle, Sophie Merle l’adapte en fonction des profils et des parcours. Par exemple, l’école propose plusieurs formations en alternance, notamment pour les futurs journalistes de télévision, radio, presse écrite, web… « L’ESJ Pro fournit un quart des alternants de Radio-France », précise la directrice.
Dans le cadre d’un partenariat monté avec l’université Paul-Valéry de Montpellier, l’ESJ Pro délivre également deux doubles diplômes : la licence du Langage option « Médias et journalisme ». Il s’agit d’un bachelor d’acculturation au secteur des médias qui prépare aux concours. Les places sont chères : 1 800 candidats l’an dernier, 30 admis. Autre formation développée avec la fac, le master professionnalisant « Journalisme numérique et nouvelles écritures ».
Le catalogue de formation de l‘ESJ ouvre enfin à la reconversion et à la certification VAE (Valorisation des acquis de l’expérience).
Les mutations du monde médiatique imposent de l’innovation. D’où l’initiative de l’ESJ Pro pour la rentrée de septembre 2025 : l’ouverture à Clermont-Ferrand d’une formation hybride en partenariat avec Clermont School of Business. Objectif : offrir aux étudiants une double approche économique et journalistique. « Il s’agit d’une 3ème année de bachelor pour les étudiants de la Business School axée sur la connaissance et la gestion des médias, la création de contenus, le marketing, le management… », précise Sophie Merle. A la clé, des cours, de l’immersion, des masterclass, une semaine de bootcamp, formation aux concours d’écoles de journalisme. Pratiquer le journalisme, c’est bien ; en connaître l’écosystème, c’est mieux.
« On les prépare à agir à 360° »
À 56 ans, Sophie a donc décidé d’apporter sa pierre à l’édifice journalistique, mais aussi à la structure immobilière qui abrite ESJ Pro Campus. Actuellement logée sur l’emplacement de l’ancienne infirmerie de l’Ecole d’application de l’infanterie, entre le parc Montcalm et la Halle Tropisme, l’ESJ Pro Campus devrait bouger d’ici une paire d’années. « Cela fait dix ans que nous sommes dans des bâtiments provisoires devenus trop petits (lire l’encadré). La perspective, c’est un déménagement en 2026 pour rejoindre la Cité créative de Montpellier. Nous sommes en discussion avec la mairie et la Serm », souligne Sophie Merle.
Lorsque ce transfert aboutira, l’ESJ Pro de Montpellier deviendra alors la pierre angulaire d’un développement plus large qui prévoit d’ouvrir des campus de proximité dans la zone d’influence du groupe Centre France qui s’étend d’Orléans à la Lozère. « L’ADN de l’ESJ Pro, c’est territoire et diversité. En licence et master, nous avons 70% d’étudiants boursiers. Nous avons des prérequis. On peut intégrer l’ESJ Pro sans le bac et avant 26 ans sauf si on est demandeur d’emploi. Il faut avoir une expérience d’un mois dans une entreprise de presse et s’intéresser au monde qui nous entoure. Nous, on les prépare à raisonner et à agir à 360°, à eux de s’investir pleinement dans ce métier-passion », résonne la lionne de l’information… à l’instinct désormais nourricier.
Philippe Palat
Journaliste
© PhP
Une Fondation, des médias, de la formation
L'ESJ Pro Campus de Montpellier est filiale à 100% de la Fondation Varenne qui gère le groupe Centre France, basée à Clermont-Ferrand.
Reconnue d'utilité publique depuis 1988, cette entité œuvre à la promotion et à la valorisation des métiers du journalisme, détient huit quotidiens régionaux, dont le vaisseau amiral La Montagne, et neuf titres de la presse hebdomadaire. Via sa branche Entreprise, l'ESJ Pro Campus dispense également du conseil et de la formation en média training, prise de parole, communication de crise, etc.
Le lieu, les moyens, l’admission
Au 141, rue Fontcouverte, l’ESJ Pro Campus de Montpellier bénéficie d’environ 900 m2 de locaux. A l’étroit, l’école loue de l’espace à la Halle Tropisme. L’établissement dispose d’une régie radio Netia, d’un studio télé, de caméras professionnelles, de salles de PAO, d’espaces de cours, etc. Côté alternance, l’ESJ Pro gère entre quatre et cinq rentrées par an. Cet art du décalé permet de coller aux besoins des étudiants et du monde de l’entreprise. Les tests d’admission - épreuve de français, épreuve de suivi d’actualité et de culture générale synthèse de documents - sont gratuits. Charge à l’étudiant en alternance de trouver le média qui va l’accueillir.
Contact : 04 67 65 67 97 - Site : esj-pro.fr
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