À l’automne dernier, le Fonds de soutien à l’expression radiophonique (FSER) était menacé d’être amputé de près d’un tiers de ses crédits, soit environ dix millions d’euros. Sous la pression des radios et des élus locaux, il a finalement été maintenu au niveau de 2024.

C’est un immense soulagement pour les quelques 750 radios associatives, qui redoutaient une coupe budgétaire « drastique » dès 2025. « Nous avons très mal vécu cette annonce, car elle est tombée sans aucun avertissement, alors même que des signaux du ministère laissaient présager une augmentation des crédits pour les zones rurales », s’indigne Jean-Marc Courrèges-Cenac, co-président de la Confédération nationale des radios associatives (CNRA). Certaines de ces stations, dont 80 % du budget provient du FSER, auraient tout simplement disparu. « Trois mille emplois, dont plus de 270 journalistes, étaient menacés », souligne-t-il.

« Ils pensaient qu’en “tapant” sur les radios associatives, ils ne risquaient pas grand-chose », regrette Bruce Torrente, directeur de radio Clapas (Montpellier) et co-président du Collectif des radios libres d’Occitanie. La forte mobilisation des élus territoriaux, très attachés au relai d’information que sont les radios sur leurs territoires, a prouvé le contraire. « Nous sommes des radios sociales de proximité. Si nous sommes attaqués, c’est ce lien social qui est malmené », insiste Jean-Marc Courrèges-Cénac.

Pour autant, la vigilance reste de mise. « Les dotations stagnent alors que nos charges augmentent », rappelle-t-il. « Il faut garder en tête que les radios associatives ne peuvent légalement pas dépasser 20 % de leurs ressources en publicité, et que le FSER existait initialement sous forme de taxe parafiscale alimentée par les radios commerciales », complète Bruce Torrente, dont la station Radio Clapas tente depuis longtemps de limiter sa dépendance aux subventions.

La tentation du contrôle

En parallèle des arbitrages budgétaires, l’éventualité de renforcer les contrôles sur ces radios a fait bondir la profession. La ministre de la Culture, Rachida Dati, a en effet laissé entendre que davantage de critères pourraient être exigés. « L’idée du contrôle vient des bancs du Rassemblement National. C’est une idiotie, car nous sommes déjà contrôlés ! Le dossier du FSER recense l’intégralité de nos activités, tout est dedans ! », s’emporte Bruce Torrente, qui dénonce un excès de bureaucratie.

« Chaque citoyen peut saisir l’ARCOM s’il juge des propos contraires à la loi. Nous sommes en outre obligés de conserver pendant un mois tout ce qui a été diffusé », renchérit Jean-Marc Courrèges-Cénac, rappelant ainsi les exigences légales auxquelles les stations doivent déjà se soumettre.

Au-delà de ces considérations financières et administratives, les responsables de radios associatives défendent avec ferveur le rôle essentiel de leurs structures : informer localement, donner la parole aux citoyens et soutenir la diversité culturelle. « Souhaite-t-on en France une vraie pluralité médiatique ou préfère-t-on que deux ou trois entrepreneurs privés détiennent la totalité des médias ? », interroge Jean-Marc Courrèges-Cénac. Pour lui, la réponse est évidente : « Nous, forcément, nous sommes totalement opposés à cette vision hégémonique. Il faut donc que cette pluralité soit préservée par les pouvoirs publics. »

Vincent Dusseau

Journaliste et écrivain

© Libre de droit

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