Comment intégrer dans ses pratiques une communication publique inclusive ? Deux directrices de communication témoignent des évolutions récentes et de la prise en compte de la diversité dans leur communication. 

En novembre 2015, le Haut Conseil à l'Egalité entre les femmes et les hommes publiait « Le guide pratique pour une communication publique sans stéréotype de sexe ». Ce guide a marqué un tournant, en fournissant pour la première fois des recommandations officielles pour une communication publique plus égalitaire. Comment a évolué depuis la communication inclusive dans les pratiques des communicant.es ? Eléments de réponse avec deux directrices de communication en poste dans des collectivités territoriales en Occitanie.

« Il y a visiblement encore beaucoup de chemin à parcourir, c'est une prise de conscience récente pour certaines collectivités. Pour moi c'est important de signifier aux jeunes filles qu'elles sont autant importantes que les garçons et qu'elles sont autant légitimes », confie Dominique Bodet, directrice du département culture et communication de la mairie de Villeneuve-lès-Maguelone. 

Pour cette professionnelle, une communication publique non sexiste est essentielle…mais pas évidente à mettre en œuvre partout. Elle s’est par le passé déjà heurtée aux refus de sa collectivité. Comme cette fois où elle avait souhaité écrire « les collégiennes et les collégiens » sur un prospectus pour l'élection des représentants à l'assemblée départementale des collégiens. « Aujourd’hui, je suis dans une collectivité dirigée par une femme, la posture n'est plus la même. Dans ma communication, je suis vigilante sur les représentations et les stéréotypes, il faut être un peu en fer de lance, les filles ont tendance à rester un peu derrière, il ne faut pas oublier cela. »

 

Delphine Fabius elle aussi a vu l'arrivée d'une femme au pouvoir transformer la communication de sa municipalité. Directrice de la communication à la mairie de Cugnaux depuis un an, elle a passé 11 ans à la mairie de Colomiers : « Il s’agissait d’une collectivité qui avait la particularité d'avoir une femme qui venait d’être élue comme maire en 2014. Nous avons dû renverser la tendance et aller un peu à l'excès. Mais il y a 10 ans, c'était nécessaire pour acculturer à la fois les services et les usagers. Au début il fallait se l'imposer de manière rigoureuse, poser le principe d'une communication égalitaire relevait d’une démarche volontariste.»

Au fil du temps, Delphine Fabius a vu ces pratiques entrer dans les mœurs : « Aujourd’hui, cela fait partie des questions que l'on va traiter au même titre que le contraste des couleurs sur une plaquette ou la clarté du vocabulaire, c’est un outil de plus pour s'assurer que la communication est cohérente et accessible. »

Mais au fond, la communication inclusive, qu’est-ce que c’est ? Le principe : s’assurer que la communication soit représentative et s’adresse autant aux femmes qu'aux hommes. Par exemple, à Villeneuve-lès-Maguelone, Dominique Bodet œuvre à éviter les stéréotypes dans le choix des images dans les documents : « Pour illustrer un atelier chocolat, on a décidé de ne pas mettre la même photo d'une petite fille dans la cuisine.» Même réflexe à Cugnaux pour Delphine Fabius, qui avait veillé à décliner une affiche sport santé en plusieurs versions, la première avec un groupe de jeunes, la seconde avec un homme, la troisième avec une sportive, une autre avec des séniors... « L’idée est que tout le monde s'y retrouve.»

 

Mais ce n’est pas toujours simple, car les « les photothèques véhiculent aussi des stéréotypes », souligne Dominique. « D'un point de vue graphique c'est difficile de faire du non genré. Il faut savoir être souple, sur une affiche on va plutôt mettre une fois en avant des figures féminines, et le lendemain sur une autre, des figures masculines », ajoute Delphine. 

L’outil le plus connu du grand public est l’écriture inclusive, à tort réduit au point médian. Le point médian est une signe typographique permettant d’inclure le féminin de façon abrégée : par exemple, plutôt que «Avis aux étudiantes et aux étudiants », on écrira « Avis aux étudiant·e·s ». Cette pratique fait encore débat. 

Dominique : « Je me sens un petit peu mal à l'aise avec cet outil, je ne sais pas trop l'utiliser ». Delphine abonde : « Il pose des problèmes d'accessibilité : il n'est pas lisible par certains outils numériques, comme les vocalisateurs pour les personnes malvoyantes, et cela ne facilite pas la lecture de tous les publics. »

Mais l’écriture inclusive, c’est beaucoup plus large :  féminisation des noms de métiers, déclinaison des noms et adjectifs qui varient en genre, utilisation de termes épicènes… En 2022, le Haut Conseil à l'Égalité a actualisé son guide de communication inclusive. Il y détaille tous ces outils, dont une majorité existent depuis longtemps. En témoigne la célèbre formule du Général de Gaulle,« Françaises, Français », ou encore la présence du e entre parenthèses dans d’innombrables formulaires officiels : « marié(e) ».

 

« Pour une communication publique sans stéréotypes de sexe »

 

Ce guide pratique vise à donner des consignes pour adopter une communication institutionnelle « non sexiste ». Elle concerne plusieurs domaines d’expression (langage, images…) et vise une intégration de l’égalité dans l’ensemble des politiques publiques autour de quatre axes :

  • un langage égalitaire     
  • une présentation non sexiste des femmes et des hommes
  • une représentation plurielle et équilibrée des deux sexes
  • la construction d’une communication égalitaire

https://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/IMG/pdf/guide_egacom_sans_stereotypes-2022-versionpublique-min.pdf

 

 

 

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