Dans ce contexte de défiance envers les institutions et le politique, comment expliquer que le Baromètre Epiceum & Harris Interactive de la Communication locale indique que pour 64% des personnes interrogées, « les informations reçues de la part des différentes collectivités donnent une vision claire et cohérente de l’action publique » ?
Nous constatons effectivement une dualité frappante dans la manière dont les Français perçoivent leur engagement citoyen : au niveau national, c'est un tableau marqué par la défiance, voire le désintérêt, envers la classe politique. En revanche, au niveau local, c'est tout à fait différent. A la lecture de notre Baromètre de la communication locale, nous constatons que les Français affichent un attachement profond envers leurs collectivités locales, qui se traduit par une relation soutenue et régulière avec leurs mairies ainsi qu’avec les autres échelons territoriaux.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : deux tiers des Français déclarent lire régulièrement les communications de leurs collectivités locales. Le magazine municipal est particulièrement populaire, lu par 70% des résidents, suivi par ceux de la Région (61%), du Département (61%), et de l'intercommunalité (58%). Les sites internet des collectivités connaissent des scores similaires et en croissance, renforçant ainsi leur impact et leur portée auprès du public.
Cette confiance accrue envers les collectivités locales se traduit également dans la perception de l'information qu'elles fournissent : une majorité croissante estime recevoir une information utile et crédible de la part de leur mairie et des autres niveaux de collectivités locales. En 2024, 76% des Français considèrent les informations locales comme « fiables », une donnée qui doit nous faire réfléchir à l’époque de l’explosion des fake news et de la post vérité !
Ce soutien robuste s'explique aussi par la capacité des collectivités locales à fournir une vision claire et cohérente de leurs actions publiques. En effet, 64% des répondants estiment que les informations reçues de la part de la mairie, de l’intercommunalité, du Département et de la Région se complètent plutôt bien, soit 17 points de plus qu’en 2015, première année où cette question a été posée. Ce score est majoré à 70% (+6) pour la partie des répondants qui utilisent les sites internet des collectivités. À l’inverse, les Français qui estiment que les informations des différentes strates ne se complètent pas vraiment bien se retrouvent notamment parmi ceux qui ne lisent jamais le journal et n’utilisent jamais le site de leur collectivité. Un joli satisfecit pour les communicants publics qui, à l’évidence, remplissent bien leur mission de pédagogie institutionnelle et de construction d’un lien de confiance solide et durable avec les citoyens dans les territoires.
Cette confiance envers la communication locale, et cette défiance envers le politique, ne doit-il pas encourager les communicants publics à privilégier l’information et la communication publique d’intérêt général, à la communication incantatoire visant à promouvoir le personnel politique à des fins exclusivement électorales ?
Nous ne sommes plus, dans la très grande majorité des cas, dans l’ère de la propagande grossière ou du culte de l’élu local. Les citoyens perçoivent les informations fournies par les collectivités comme utiles, pratiques et proches de leurs préoccupations. Pour autant, cette perception positive contribue à renforcer le lien entre les citoyens et leurs élus, et encourage la participation à la vie publique locale. En cela, l’information locale participe activement au renforcement de la démocratie de proximité, en donnant aux habitants les moyens de mieux comprendre l'action publique et de participer à la vie de leur territoire. C’est un cercle vertueux qu’il faut encourager.
Dans un environnement où la concurrence informationnelle est accrue, la communication publique doit affirmer sa place en tant que service de proximité, vecteur de lien social et pilier de la démocratie locale. Pour les professionnels de la communication publique, cela implique de renforcer l'effort d’« aller vers », en utilisant de manière équilibrée les différents supports et en s'adaptant aux pratiques et préférences de chaque public.
A travers votre question, ce sont les pratiques de la communication politique qui sont interrogées : calculs électoraux, gestion de carrières personnelles, changement de lignes permanentes, absence de nuance ou d’équilibre dans la présentation des faits, voire affirmations fausses ou déformées, le spectacle est pitoyable ; mais il n’est pas écrit ni mis en scène par les communicants publics. La seule chose que nous pouvons et devons faire, c’est incarner une ligne stable et durable de communication de service public qui vienne contrebalancer le brouillard de plus en plus épais de la communication politique.
75% des jeunes (25-34 ans) s’informent prioritairement via les réseaux sociaux, ce sont également eux qui votent le moins. Comment selon vous les communicants publics et les élus peuvent espérer raccrocher avec ce public éloigné du débat public et politique ?
L’un des enseignements majeurs du baromètre est l’hétérogénéité des attentes selon les publics. Les jeunes de 25 à 34 ans, effectivement, privilégient les réseaux sociaux (75 %) mais aussi, et c’est nouveau, l'intelligence artificielle (55 %) pour s’informer sur la vie locale, tandis que les personnes âgées et les habitants des zones rurales montrent une préférence marquée pour le magazine papier. Les jeunes utilisent également beaucoup plus que la moyenne des Français l’affichage et les applications pour s’informer. Cette diversité montre qu’une approche uniforme est inefficace pour répondre aux besoins de tous : cela est vrai pour les jeunes comme pour beaucoup d’autres catégories d’habitants. Pour capter et retenir l’attention de l’ensemble des citoyens, il est nécessaire d'adapter les supports, mais aussi les contenus, en fonction des tranches d'âge, des habitudes de consommation médiatique et des contextes de vie. Les jeunes s’intéressent davantage au sport et à la culture qu’à la politique et aux grands projets.
Question supplémentaire
La popularité des dispositifs de participation citoyenne est éclatante : 86 % des Français jugent ces dispositifs « une bonne chose ». Cependant, leur notoriété diminue, passant de 63 % en 2020 à 43 % en 2024. Comment expliquer cette descente aux enfers ?
Cela s’explique par un déficit criant de communication pour accompagner ces dispositifs : on les organise parce qu’ils sont réglementaires ou attendus par les citoyens, mais on ne souhaite pas toujours qu’ils soient visibles pour ne pas donner trop d’espace, croit-on, aux oppositions de tout poil. Ces résultats nous invitent à relever deux défis. Tout d’abord, s’adresser à toutes les « parties prenantes », pour que les débats soient représentatifs de toutes les catégories de population concernées. Soulignons que selon notre Baromètre, la connaissance de ces dispositifs varie fortement en fonction du niveau d'instruction et de la catégorie socio-professionnelle, ce qui montre un besoin de communication renforcée pour les rendre réellement inclusifs. Le second défi est la nature même des dispositifs proposés. L'étude montre que les citoyens sont motivés avant tout par la possibilité d’avoir un impact concret sur les sujets abordés, bien plus que par les modalités pratiques (en ligne, dédommagement, etc.). Les collectivités doivent donc structurer des propositions de participation qui mettent l’accent sur l’impact direct et tangible de la contribution citoyenne, tout en proposant des formats accessibles pour tous les publics, comme le numérique pour les jeunes.
Propos recueillis par Patrice Lallement
Directeur de projet Communication liO
© Epiceum
Christian de La Guéronnière
Après quelques années de journalisme local, Christian de La Guéronnière a créé en 2001 Epiceum, agence de communication dédiée aux territoires et à l’intérêt général. En 2021, il reprend le cabinet La suite dans les idées, dédié à la participation citoyenne. Fort de ces deux métiers, la communication et la concertation, ainsi que des données du Baromètre dont il est co-auteur, il propose des solutions globales d’ingénierie, de la relation aux citoyens adaptées aux spécificités de chaque territoire.
Une mine d’information à déguster sans modération pour les communicants publics
Le Baromètre Epiceum & Harris Interactive de la communication locale est une mine d’informations particulièrement utile pour comprendre les attentes des usagers des services publics pour s’informer sur la vie locale. Réalisée tous les deux ans, en partenariat avec La Poste, Cap’Com, et l’association des Maires de France, cette étude explore les tendances en matière de consommation de l’info locale, analyse la perception des différents émetteurs, l’intérêt des messages délivrés et leurs impacts sur les comportements. Ce baromètre met en lumière l’évolution des pratiques, offrant ainsi des pistes essentielles pour adapter les stratégies de communication de chaque territoire. La dernière édition (2024), constitue la huitième vague du Baromètre et fut réalisée auprès d'un échantillon de 1 005 personnes, âgées de 18 ans et plus, selon les variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, région, niveau de diplôme et taille d’agglomération de l’interviewé. Vous pouvez télécharger gratuitement le rapport intégral de l'étude ainsi que de nombreuses ressources sur le site www.barometrecomlocale.fr
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