Les Toulousains et les Occitans vous connaissent bien avec notamment les projets In Toulouse puis Toulouse Mag au début des années 2000. En 2012, vous avez repris le journal économique La Tribune. 13 ans après, quel premier bilan faites-vous de cette aventure ?
C'est un bilan positif. En 2012, La Tribune était au tribunal de commerce de Paris et la situation était critique. J'étais alors un candidat parmi une dizaine et les risques étaient importants au départ. Je pense qu'aujourd'hui, le média a trouvé son espace, son modèle économique et a retrouvé sa raison d'être et sa place dans la presse française.
La cession au groupe CMA CGM lui a donné un renforcement inattendu. Si, en 2012, on m'avait dit que 13 ans après, j'en serais là avec mes équipes, avec en plus la création d'un quotidien du dimanche, j'aurais signé !
Pourquoi avoir choisi de vous investir dans ce média en particulier ?
J'ai un véritable attachement à La Tribune. Quand j'étais étudiant, c'était le journal économique qui s'adressait à tout le monde et qui était pour moi le plus pédagogique. Il a notamment été le premier à passer en couleur, avant Les Echos. Il possédait un ton moins institutionnel que Les Echos, peut-être même plus rebelle. Ce n'était pas un journal pour les patrons mais pour tous les acteurs de l'économie. Pour moi, cela symbolisait aussi un prolongement de ce que j'avais réalisé avec Objectif News.
Il y a une part d'ironie dans votre histoire avec La Tribune : en 2012, vous optez pour une stratégie 100% web, tandis qu'en 2023 vous faites renaître la version papier avec le lancement de La Tribune Dimanche...
En 2012, j'ai été le premier patron d'un quotidien français à avoir arrêté le papier ! A l'époque, on me disait souvent que c'était risqué. Mais je n'avais pas le choix.
Avant La Tribune Dimanche, le dernier à avoir lancé un quotidien du dimanche, c'était Nicolas Beytout avec L'Opinion.
Deux ans après, le pari est-il réussi ? Et le rachat du JDD par Vincent Bolloré vous a-t-il permis de trouver un créneau dominical auprès des lecteurs ?
Deux ans après le lancement, et l'année des 40 ans de La Tribune, le bilan est positif et cela confirme que l'audace est récompensée, même si on pouvait être sceptique sur le fait de lancer un produit papier en 2023. Selon les chiffres de la diffusion payée de l'OJD, nous nous situons entre 47 000 et 51 000 exemplaires par semaine (papier + numérique), pour 300 000 personnes touchées sur les différentes prises en main. Nos résultats vont au-delà de nos prévisions mais on a encore une belle marge de progression.
La Tribune Dimanche est encore une marque jeune mais beaucoup d'acteurs de premier plan font le choix de s'exprimer chez nous. Nous sommes satisfaits d'avoir investi dans une rédaction de qualité.
Quant à la concurrence, le JDD s'est positionné plutôt à l'extrême-droite. C'est un journal d'opinion au positionnement politique très clair. Tout ceci a effectivement donné plus d'espace à La Tribune Dimanche.

Quelle stratégie déployez-vous entre un site internet purement économique et un journal dominical généraliste ?
Nous sommes sur deux marchés différents mais il existe des mutualisations entre les équipes. Les journalistes peuvent écrire sur les deux médias. Avec La Tribune – où on emploie une soixantaine de journalistes – on cible le monde de l'entreprise. Avec La Tribune Dimanche, on emploie une quinzaine de journalistes.
Quels sont les points communs entre une aventure médiatique locale, comme Toulouse Mag (2001-2014) et Objectif News, et une nationale comme La Tribune ?
La capacité de créer une belle équipe, resserrée, l'esprit commando, le côté pionnier et entrepreneurial... Au fond, les expériences sont les mêmes. Toulouse Mag comme La Tribune, c'est le même goût de la création. Les moyens ne sont pas les mêmes, mais les ressorts, si. A l'époque de Toulouse Mag, je voulais participer à un plus grand pluralisme de l'information régionale et apporter un choix différent. C'est la même chose aujourd'hui : avec La Tribune Dimanche, on veut montrer qu'il n'y a pas que le JDD, que les Français doivent avoir le choix le dimanche. Et c'était pareil en 2012 sur l'information économique avec Les Echos.
Dans une interview accordée au Figaro en avril 2023, vous disiez : « La France doit avoir des acteurs puissants sur l'info économique ». Qu'est-ce que vous entendiez par-là ?
En 2025, on célèbre les 40 ans de La Tribune, c'est un moment important. J'ai participé au rachat de RMC-BFM, et j'ai mené toute ma carrière dans l'info économique. La France doit voir des acteurs puissants sur l'info économique.
Dans cette prochaine décennie, on va rapprocher La Tribune de BFM Business et en faire un pôle leader original avec une diversité de supports (TV, radio, digital, événementiel...). La Tribune doit être au cœur d'une dynamique industrielle. C'est aussi le sens de la reprise d'Air et Cosmos, en juin dernier. Les beaux projets doivent se construire dans le temps, je me méfie de l'immédiateté. Dans mon esprit, le plus important est de créer une Tribune sur un modèle durable et rentable, avec de la valeur ajoutée. Et avec beaucoup de place laissée aux régions dans notre éditorial.
Une stratégie qui comprend également le rachat de Brut, avec qui vous êtes entré en « négociation exclusive ».
Tout à fait. Je souhaite des synergies avec un média comme Brut. Pourquoi pas imaginer un média économique à destination des plus jeunes ?
CMA Média compte dans son giron La Provence et Corse Matin, La Dépêche a racheté Midi Libre il y a quelques années... L'avenir de la presse régionale s'inscrit-il forcément dans les concentrations ?
Je suis évidemment de près les activités de la PQR, je voyage souvent entre Paris et Marseille. La PQR se réinvente avec une conviction : l'émergence de l'IA est le témoin d'un monde où l'info peut se démultiplier et se produire à des coûts faibles. Dans cette info, le local est moins concurrencé par l'info nationale voire mondiale. Je crois à cette info de proximité, je me battrai pour qu'il n'y ait zéro zone blanche majeure.
De ce fait, trouver son modèle économique est un vrai enjeu. Le Groupe Dépêche du Midi, par exemple, est en train de mener une belle diversification économique. C'est un challenge pas facile, nous aussi nous sommes en train de redresser Corse Matin et La Provence. Notre chance, c'est que l'info locale est peu produite. Elle gardera de la valeur.
Propos recueillis par Anthony Assémat
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