Directrice de la communication de l’Université Paris Sciences et Lettres et présidente de l’ARCES qui regroupe les responsables communication des établissements de l’enseignement supérieur et de la recherche en France, Sandra Démoulin défend une vision stratégique de la communication universitaire. Entre attractivité, légitimité et concurrence, elle en fait un levier central d’action.

« Je suis convaincue que la place de la communication est centrale. » Pour Sandra Démoulin, la transformation est nette : la communication n’est plus un simple outil d’information mais un levier pleinement intégré à la stratégie des universités. Les communicants participent désormais aux décisions et conseillent les équipes dirigeantes.

Cette évolution s’est construite progressivement, sous l’effet de la recomposition du paysage universitaire et de la crise sanitaire. « Pendant le Covid, nous avons démontré que la communication avait un rôle essentiel en situation de crise », souligne-t-elle. Une reconnaissance qui a permis d’ancrer durablement la fonction dans les instances de gouvernance.

Les objectifs restent structurants : visibilité, attractivité, valorisation des formations et de la recherche. Mais ils s’élargissent. « Il faut défendre le rôle des universités, lutter contre les infox », insiste Sandra Démoulin. Dans un contexte de défiance et de concurrence accrue, la communication devient aussi un outil de légitimation.

Attractivité, concurrence et nouveaux publics

Face au développement de l’enseignement supérieur privé et aux contraintes budgétaires, les universités doivent affirmer leur singularité. « La communication devient de plus en plus politique », observe-t-elle. Il s’agit de démontrer l’impact des établissements, notamment sur leur territoire, et de justifier leur financement.

Les stratégies de marque se développent, portées par une volonté commune : attirer les meilleurs étudiants et chercheurs, en France comme à l’international. « Chaque université cherche à se différencier », rappelle-t-elle, en valorisant ses spécificités et son excellence.

Pour toucher les jeunes, les réseaux sociaux sont devenus incontournables. « Notre canal essentiel est celui des réseaux sociaux », explique Sandra Démoulin, citant Instagram et LinkedIn comme leviers majeurs. Cette évolution s’accompagne d’un renouvellement des compétences, avec le recrutement de profils spécialisés dans le digital.

Mais la communication ne se limite pas aux outils. Elle repose aussi sur une relation plus participative avec les étudiants. « Leur parole est importante et écoutée », souligne-t-elle, illustrant une évolution vers des modes de gouvernance plus ouverts.

Enfin, l’avenir s’inscrit dans une dynamique de professionnalisation et d’ouverture internationale. « Il faut tenir cette position stratégique de la communication », affirme-t-elle, tout en alertant sur les risques liés aux arbitrages budgétaires. À horizon de dix ans, la communication universitaire devrait encore se structurer et se déployer en réseau, pour mieux valoriser l’excellence française à l’échelle mondiale.

Philippe Lancelle

Consultant en communication publique

©DR

Reconstruire une image, affirmer un service public

À l’Université Paul Valéry de Montpellier, Fabrice Chomarat a engagé un travail de fond pour redonner à la communication une cohérence et une portée stratégique. « À mon arrivée, il a fallu rebâtir », explique-t-il, dans un établissement où les prises de parole étaient jusque-là très dispersées. La mise en place d’une charte graphique et de règles communes a permis de structurer l’image de l’université.

L’enjeu est double : renforcer la lisibilité et valoriser des disciplines encore parfois déconsidérées, tout en affirmant l’ancrage territorial et scientifique de l’établissement.

Mais au-delà des outils, le défi est aussi politique. « C’est la valorisation d’un véritable service public d’enseignement universitaire », insiste-t-il, rappelant le rôle essentiel des universités dans l’égalité d’accès au savoir.

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