Pilotée par Cap’Com et réalisée en septembre 2025 par l’institut Occurrence, avec l’appui du CNFPT (Centre national de la fonction publique territoriale), la Radioscopie des communicants publics 2025 donne aux professionnels, quels que soient leur métier et leurs responsabilités, de précieux repères sur leur chemin. Elle traduit l’opinion de 946 communicants publics et met en perspective évolutions et transformations, notamment par comparaison avec les résultats de la radioscopie de 2018.
Délégué général de Cap’Com, vous avez une connaissance fine du contexte de la communication publique, des réflexions dans le réseau et des problématiques émergentes. Quelle est la principale conclusion que vous tirez de la Radioscopie ?
Elle dessine un paysage professionnel plus dense, plus structuré, mais aussi plus exposé. Les communicants publics apparaissent à la fois mieux outillés, plus expérimentés, davantage reconnus dans leur rôle stratégique et confrontés à des contraintes accrues, budgétaires, éthiques, politiques.
Quel est donc l’enjeu majeur que vous soulignez ?
À l’heure où la parole publique est soumise à une défiance croissante, où l’intelligence artificielle redessine les pratiques, où les communicants sont en première ligne des aspects contradictoires de l’action publique, cette étude rappelle une évidence essentielle : la communication publique n’est pas un simple accompagnement, mais un espace de responsabilité démocratique.
Quelles sont les principales évolutions du métier depuis 2018 ?
C’est réjouissant. Le métier de communicant public s’est installé. Moins dans l’expérimentation permanente qu’il y a sept ans, il est davantage confronté à la complexité. La féminisation, du métier, déjà très forte en 2018, se manifeste aussi par un plus grand accès des femmes aux fonctions de direction. Autre évolution majeure : l’expérience. Les communicants publics de 2025 sont plus anciens dans le métier, plus ancrés dans leurs trajectoires professionnelles, plus aguerris. La communication publique n’est plus un sas ou un passage, mais une carrière de longue durée.
L’étude montre aussi qu’une aspiration ancienne, génératrice de frustrations quand elle est insatisfaite, est davantage effective : la communication publique s’affirme comme fonction stratégique.
En effet ! la communication publique ne se limite plus à la production ou à la diffusion de contenus. Elle participe pleinement à la définition des orientations. Cette montée en responsabilité se traduit concrètement dans l’organisation des rôles. L’élaboration de la stratégie est conduite par le responsable de la communication, tandis que l’établissement des objectifs n’est pas la prérogative d’une seule personne dans l’organisme. Autrement dit, si les objectifs demeurent souvent le fruit d’arbitrages politiques ou managériaux, la stratégie se professionnalise.
L’étude met aussi en relief un métier de plus en plus hybride et sous contrainte organisationnelle.
C’est frappant. Les missions de communication occupent une part très majoritaire du temps de travail, notamment pour les profils de production et de mise en œuvre, tandis que les stratèges consacrent une part croissante de leur activité à la coordination, à la supervision et à la gestion. Cette hybridation s’accompagne de contraintes fortes : l'intelligence artificielle, défi aussi important que la réduction des budgets, les réorganisations internes, les évolutions de missions et les incertitudes politiques.
Vous identifiez une autre « dynamique structurante : les conditions nouvelles dans lesquelles intervient la parole publique.
Le constat est clair. La parole publique est sous pression éthique et déontologique. Près d’un communicant sur deux déclare avoir été confronté, au cours des trois dernières années, à un questionnement professionnel d’ordre éthique, contre un sur trois en 2018. Les situations évoquées sont nombreuses : véracité des informations, équité et impartialité des contenus, déformation des faits, détournement d’images, frontière floue entre action politique et action institutionnelle... Cette liste montre l’exposition croissante du métier, à mesure que la communication devient plus stratégique et plus visible. Dans ce contexte, le rôle de la communication publique est perçu avec plus de prudence qu’en 2018, sans doute par lucidité, face aux contraintes politiques, budgétaires et symboliques qui pèsent sur la parole publique.
Propos recueillis par Alain Doudiès
Journaliste
©DR
Source : https://www.cap-com.org/etude-metier-2025-radioscopie-des-communicants-publics
Le profil des communicant publics
946 répondants à la radioscopie. Ils ne constituent pas un échantillon statistique de la profession. Mais ils sont assez nombreux et divers pour qu’apparaissent des traits caractéristiques.
- 78 % de femmes (75 % en 2018).
- Moyenne d’âge : 43 ans.
- 47 % titulaires de la fonction publique territoriale et 29 % de contractuels en CDD (20 % en 2018).
- 54 % depuis plus de dix ans dans la communication publique (48 % en 2018).
- 54 % avec un niveau d’études bac+5 et plus.
- 51 % avec une formation en communication.
- 54 % des directeurs ou responsables de la communication dans un réseau professionnel, contre 32 % des chargés de communication.
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Les points saillants de la radioscopie
30 questions ont été posées. Voici les 7 réponses majeures - intégrales ou synthétisées - permettant de situer les communicants publics dans l’exercice de leur métier et face aux défis à venir.
1 - MOTIVATIONS À EXERCER
Quelles sont les deux principales raisons pour lesquelles vous avez choisi d’exercer votre métier dans la communication publique ?

Un métier de vocation : attachement au service public et à l’intérêt général, goût pour la vie locale.
2 - NIVEAU DE SATISFACTION
Au regard de votre activité actuelle, pouvez-vous indiquer votre niveau de satisfaction ?
- Le défi, l’utilité et l’ambiance collaboratrice. Tout à fait satisfait + satisfait : moyenne de 5 items, 81 %.
- L’organisation du travail, la quantité de travail et les moyens pour atteindre les objectifs. Moyenne de 6 items, 61 %.
- La pression et la charge mentale. 51 %.
- La rémunération. 44 %.
3 - ÉVOLUTIONS QUI ONT IMPACTÉ LE MÉTIER
Au regard des trois dernières années, quelles évolutions ont pu affecter la communication ou modifier l’exercice de vote métier ?
- L’évolution technologique : 75 %.
- Le changement de mission, la réduction des ressources allouées, la modification de l’organisation. Moyenne de 4 items, 54 %.
- Un changement structurel et de subordination. Moyenne de 3 items, 23 %.
4 - ÉVOLUTIONS QUI IMPACTERONT LE MÉTIER
En vous projetant dans les trois prochaines années, quelles évolutions pourraient affecter la communication ou devraient modifier l’exercice de votre métier ?
- Évolutions attendues : l’évolution technologique, le changement de mission, la réduction des moyens. Moyenne de 3 items, 81 %.
- Évolutions anticipées : la réduction des ressources, la modification de l’organisation. Moyenne de 3 items 63 %.
- Évolution improbable : un changement structurel et de subordination. Moyenne de 2 items, 39 %.
5 - DÉFIS
Quels sont les défis auxquels la fonction communication de votre organisme ou collectivité vont être confrontés dans les 3 années à venir ?
Pour 2 communicants sur 5, l’IA est devenue aussi important que les budgets. Pour 1 communicant sur 5, l’incertitude sur la nouvelle mandature et les volontés politiques sont devenus un défi.
6 - RÔLE DE LA COMMUNICATION PUBLIQUE AUJOURD’HIUI
Hiérarchisez les missions qui définissent le rôle de la communication publique.
Deux missions dominent : informer sur les actions de l’exécutif, informer sur les services aux usagers. Viennent ensuite la promotion du territoire et l’action pour l’adhésion des citoyens aux projets.
7 - RÔLE DE LA COMMUNICATION PUBLIQUE DEMAIN
Dans les prochaines années, le rôle de la communication va-t-il se renforcer ?
Reprendre l’infographie de la p.28 (les pages ne sont pas numérotées) de la radioscopie
70 % des directeurs ou responsables de la communication anticipent un renforcement. 58 % des chargés de communication font de même.

« Pour moi, voilà le plus important »
Parmi les sujets traités dans la radioscopie, lequel vous paraît majeur pour votre activité actuelle et pour votre futur parcours professionnel ? Réponses de six communicants.
Nina Camberoque
Cheffe du service production audiovisuelle et photographique – Région Occitanie
L’IA - Rester créatifs pour donner une image authentique
Les images IA ne s'enracinent pas dans un territoire. A la Région, nous avons choisi de valoriser de vrais citoyens, des paysages authentiques d’Occitanie et non générés par IA…même si ce serait tellement plus rapide et plus simple ! Un vrai défi ! Et un coût. Mais faire travailler des photographes et des vidéastes est un choix en accord avec nos valeurs. Dès à présent, il est important d’encadrer l’utilisation de l’IA, comme nous l’avons fait avec notre charte, et de faire de la pédagogie, auprès des collègues, notamment.
Sophie Fages
Chargée de communication – Ville de Sète
L’IA – L’enjeu de la reliance
L’IA n’est pas une révolution, c’est un révélateur. Elle automatise, accélère, optimise. Mais elle ne remplace pas ce qui fait notre métier : la reliance. L’enjeu est là : utiliser ces outils pour redonner du temps aux liens, là où se construisent sens, pratiques et intelligence collective.
David Combe
Directeur délégué projets et politiques publiques – Montpellier Méditerranée Métrole
Le profil des communicants publics – L’attachement aux valeurs
L’évolution du profil des communicants publics est frappante. Ils sont de plus en plus expérimentés, donc ancrés, alors que, paradoxalement, ils sont de moins issus d’une formation dans la communication. C’est donc leur état d’esprit, leur attachement à des valeurs et à l’intérêt général qui prédominent, plutôt que le pur exercice d’une discipline. Cela me semble être un mouvement naturel qui fait, de plus en en plus, de la communication publique un service public à part entière.
Bruno Barande
Graphiste – Département des Pyrénées-Orientales
L’évolution technologique – Entre opportunité créative et crainte d’une perte de sens
L’évolution technologique, associée à la réduction des budgets et des effectifs, constitue l'enjeu majeur pour les graphistes. Cela impose une adaptation rapide et continue. On oscille entre une opportunité créative et la crainte d’une perte de sens, d’originalité dans notre travail. Avec, en fond, l’idée qu’il faudra s’adapter… ou "disparaître".
Agathe Garcia
Cheffe projets web – Département de l’Hérault
Défi – Capter l’attention
« L’un des défis majeurs du communicant public est de capter l’attention de l’internaute sur l’ensemble des compétences et des actions. Lui faire comprendre que le Département agit pour tous, à chaque étape de la vie, et pas seulement sur ce qui le touche immédiatement dans son propre quotidien.
Gilles Cohen
Directeur de la communication – Communauté de Communes Vallée de l’Hérault
Le rôle de la communication territoriale – L’urgence de la participation des citoyens
Notre mission principale serait d’informer sur les actions de l’exécutif, alors que favoriser la participation des citoyens à la vie démocratique arrive en dernière position ? Les élections municipales nous rappelle pourtant, encore une fois, cette urgence. Si l’intérêt général est toujours notre motivation première pour ce métier, attention à la dissonance.
L’IA – Une certaine inquiétude
L’IA, un défi, certes. Mais sommes-nous prêts à le relever et pourquoi ? Pour s’en saisir ou pour résister ? Au sein de mon équipe, j’entends l’inquiétude, voire le rejet, que les jeunes communicants expriment face à l’IA, qu’ils vivent comme un risque fort de mise en question de leur avenir professionnel.
A.D.
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