Pierre Serre, le créateur de La Gazette de Montpellier et de La Gazette de Nîmes, cède la place. Le cap de la ligne éditoriale est maintenu. L’entreprise est confiée à une coopérative rassemblant des salariés, des lecteurs et des entreprises.

25 avril 2026. Le petit canard jaune, mascotte de La Gazette, garde son port d’attache, mais il est affrété différemment. La Société Anonyme des Gazettes Associées (SAGA) est transformée en SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif). Ce changement juridique ouvre une nouvelle ère, après un parcours de près de quarante ans, témoigne de la volonté d’assurer la pérennité des deux journaux dans la continuité de leurs orientations éditoriales et constitue une date dans l’histoire de la presse régionale.

Un multiple pionnier et un fidèle

Deux journalistes qu’une génération sépare, Pierre Serre, 76 ans, et Jean-Baptiste Decroix, 37 ans, incarnent cette mutation. Pierre Serre est un multiple pionnier. Son parcours est jalonné par la création de journaux. 1976, avec Jacques Molénat, Daniel Groussard, le signataire de cet article et quelques autres, l'hebdomadaire régional Sud. 1979, le city magazine, Le Journal de Montpellier. 1984, La Lettre M, publication généraliste locale devenue support économique régional. 1987, La Gazette de Montpellier. 1999, La Gazette de Nîmes.  Il raconte : « Un instituteur incroyable, qui utilisait les méthodes de Célestin Freinet, m’a donné la passion des journaux et le goût de la coopération. »

Jean-Baptiste Decroix, lui, est un fidèle. Depuis 2010, il est monté en graine dans le terreau de La Gazette, successivement journaliste, rédacteur en chef, responsable du projet numérique, directeur du développement et enfin directeur, depuis mars 2023. « J'ai attrapé le virus instantanément. Je n'ai jamais lâché La Gazette. »

Le choix d’une coopérative

Qu’est-ce qui a conduit Pierre Serre, à passer la main, après cinquante ans de journalisme ?  Toujours à l’affût de l’info, cet infatigable professionnel est un manager sans faiblesse et un habile gestionnaire, notamment pour ficeler les relations avec les annonceurs publics, « Mon cardiologue m'a dit de lever le pied.  Pour me relayer, J'ai trouvé une équipe de jeunes pas cons. Vendre, pas question ! A La Gazette, nous sommes un peu anars et nous tenons vraiment à être indépendants. Nous nous sommes vite tournés vers une coopérative. Pas la SCOP où les salariés reprennent l'entreprise, mais une autre formule, plus rare, la SCIC, Société Coopérative d'Intérêt Collectif. »

Animé par un fort engagement, Jean-Baptiste Decroix explique ce choix déterminant : « Dans le capital de la SCIC, il aura, non seulement des salariés, mais aussi des lecteurs et des lectrices, ceux et celles qui nous font vivre, nous lisent chaque semaine, souvent depuis longtemps. Cette alliance nous a séduits, de même qu’avoir, dans cette gouvernance, des associations et des entreprises du maillage local. »

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« Nous croyons au papier »

Deux épisodes ont dégagé l’horizon des Gazette. La Gazette s’est affranchie d’un étau : la brutale réduction des ressources publicitaires provoquée par le Covid, a pris fin. Après quatre années déficitaires très difficiles, retour à l’équilibre en 2025. Le lien avec La Dépêche du Midi est rompu fin 2025. Depuis 1999, le puissant groupe de presse détenait 20 % du capital. « Ils nous ont aidé à financer La Gazette de Nîmes.  Ils nous ont toujours laissé une entière liberté. », affirme Pierre Serre. Peu enclin à entrer dans une coopérative, le groupe s’est retiré « gentiment ».

Peut-on en conclure que le « groupe » Gazette va bien ? « Oui », répondent d’une même voix Pierre Serre et Jean-Baptiste Decroix. Le contrôle des ventes montre qu’en 2025, elles ont été de 4 517 par semaine pour La Gazette de Nîmes et de 9 489 pour La Gazette de Montpellier. Ces ventes représentent 34 % des ressources et la publicité 54 %. « Par rapport à la plupart des journaux de presse écrite notre trajectoire de solide maintien de la diffusion est atypique », indique le duo de patrons. « Contrairement à bien d’autres, nous croyons au papier. C'est une de nos forces. »

Départ de Pierre Serre, « l’esprit tranquille », et socle financier consolidé : l’heure est donc venue de la création de Coopé Gazette. La part sociale vaut 1 000 euros. Un montant très élevé, jugent certains. Réplique de Jean-Baptiste Decroix : « Nous sommes un organe de presse, les particuliers peuvent bénéficier d'une réduction d'impôt de 50 %. »

« Créer une dynamique collective »

Bien sûr, les premiers concernés sont les 44 salariés, 30 femmes et 14 hommes. Dix d’entre eux, pour beaucoup des « historiques », vont constituer le « noyau dur » de la SCIC. La Gazette s’affiche comme « un média populaire, humaniste et écologique ». Les salariés seront les garants de la perpétuation de cette ligne éditoriale. Pour éviter toute dérive, elle sera « sacralisée » dans une charte, liée aux statuts de la coopérative, qui engagera à la fois l'équipe des salariés et tous les coopérateurs.   

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Les lectrices et les lecteurs, le deuxième collège, sont près de 130, à quelques jours du bouclage, le 31 mars, de la première phase du financement de Coopé Gazette. L’entrée d’une quinzaine d’entreprises, le troisième collège, était alors aussi en vue. Les collectivités locales, majeures acheteuses d’espaces publicitaires, en sont exclues, « un signal adressé à des lecteurs très attentifs aux liens avec les grands pouvoirs locaux. »  

La porte de la coopérative restera ouverte, au fil des mois et des années qui viennent. Appuyée sur le principe cardinal des coopératives, « Un homme ou une femme, une voix » quel que soit leur apport, la transformation de La Gazette en SCIC sera acquise lors de l’assemblée générale fondatrice, le 25 avril. Sa pérennité et son indépendance sont protégées, avec une grande ambition : « Créer une dynamique collective autour d’un média, acteur du territoire, enraciné localement ».

Alain Doudiès

Journaliste

 

Pour être coopérateur

Dossier de souscription (formulaire de souscription, projet de statuts, témoignages de Gazetiers, « Saga de La Gazette »), sur demande par mail coope@gazettedemontpellier.fr

Part sociale : 1 000 €.

Citation extraite, comme les suivantes, du passage de Pierre Serre et Jean-Baptiste Decroix, dans mon émission « Racontez-nous votre Montpellier » sur Divergence. urlr.me/HfFayX

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