Créé en 2016, Médiacités n’a jamais atteint l’équilibre économique. Son fondateur, Jacques Trentesaux, nous révèle les pistes envisagées pour trouver de nouvelles recettes.

Pour Jacques Trentesaux, l’aventure Médiacités n’est pas un long fleuve tranquille. Si le pure-player d’information spécialisé sur l’investigation au niveau local, qu’il a créé en 2016, a acquis une belle notoriété, et la reconnaissance de ses pairs pour la qualité de ses contenus, il n’a jamais trouvé d’équilibre économique. Présent à Lille, Nantes, Lyon et Toulouse, Médiacités a certes enregistré pour la première fois un résultat net comptable positif en 2022, mais cela résultait de subventions (publiques et privées) exceptionnelles. En exploitation pure, le média a toujours été déficitaire, et le sera encore en 2023 avec des pertes de plus de 30 000 euros, pour un chiffre d’affaires de 433 000 euros, en baisse de 6 %, pour la première fois de son histoire. « Nous avons pourtant réduit les charges dans les mêmes dimensions, nous précise Jacques Trentesaux, un brin fataliste, mais la variable d’ajustement reste le montant des subventions (dont les aides au pluralisme, NDLR) ».

Un modèle économique à repenser

Le vrai problème réside dans un porte-feuille d’abonnés insuffisant (5 700 à ce jour), malgré les campagnes de recrutement successives, parfois sur un ton alarmant en annonçant l’arrêt possible de l’activité si le nombre de nouveaux abonnés manque à l’appel. « Mais nous ne pouvons pas toujours jouer sur cette corde sensible, reconnaît-il. Il nous faut donc repenser notre modèle économique, soit en trouvant de nouvelles recettes, soit en captant un public un peu différent ». La
réflexion, lancée il y a quelques mois, porte par exemple sur l’approche éditoriale. « Dans cette époque de fatigue informationnelle, nos sujets sont peut-être trop austères, trop techniques ou rébarbatifs, souligne-t-il. Notre ADN restera l’investigation locale, où il existe un grand vide, mais nous allons ouvrir la ligne, avec des portraits inspirants de citoyens actifs qui veulent agir dans leurs villes ».

La réflexion porte aussi sur le recours à d’autres ressources, comme le don, à l’instar d’autres médias français (comme Mediapart pour un projet de film, mais aussi Reporterre ou Basta) et étrangers (comme le Guardian). Un premier test est en cours avec des articles dont la lecture est débloquée si l’internaute fait un don dont le montant est laissé à sa discrétion. Médiacités étudie aussi les marchés de l’éducation aux médias, et vient d’ailleurs de se positionner sur l’un d’entre eux. « Il y a peut-être matière à sécuriser nos exercices budgétaires dans ce domaine », estime Jacques Trentesaux.

Dans ces conditions, l’ouverture dans d’autres villes, comme le projet le prévoyait à l’origine, est abandonné, et le média s’est résolu à augmenter, fin 2023, le prix de ses abonnements (qui assurent 85 % de ses revenus). Les équipes marketing s’attaquent aussi à la conquête d’abonnés grands comptes professionnels, et la rédaction va décliner certaines de ses enquêtes dans des documentaires ou productions audiovisuelles. Un projet est en cours avec Hikari, société de production lilloise pour un numéro de Complément d’enquête, sur France 2.

Didier Falcand

Les Clés de la presse
 

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