« Vous nous sapez le moral, c’est trop déprimant », nous disent certains lecteurs. Nous le savons : comme journalistes, nous sommes aux premières loges. Reporterre est un média qui essaie d’expliquer les problèmes. « Ça, ça m’empêche d’angoisser », lance Marie Astier, journaliste de Reporterre (2 millions de visites mensuelles) et habitante des Cévennes. « La parole est aujourd’hui majoritairement donnée au catastrophisme », estime Valéry Laramée de Tannenberg, président de l’Association des Journalistes de l’Environnement (AJE, 200 adhérents), rédacteur en chef de L'Usine à Ges et auteur d’ouvrages sur le climat. Le catastrophisme alerte, mais peut décourager. « Il ne faut pas en rester là. »
Pour éveiller l’espoir, Reporterre met en avant sa rubrique Alternatives, « celle des initiatives, explique Marie Astier. C’est vrai que l’image de l’écologie n’est pas drôle, qu’elle peut être synonyme de l’abandon de notre confort moderne. Nous menons aussi une réflexion sur un récit plus positif, désirable, du futur écologique, via des nouvelles d’auteurs de science-fiction. »
Le journaliste doit trouver la bonne focale selon Valéry Laramée de Tannenberg. « L’adaptation et l’atténuation du changement climatique sont de formidables outils pour des projets de société. Mais ce n’est pas raconté comme cela, on traite certaines mesures, la loi de finances... Il faut une vision cohérente sur le sujet au niveau de la rédaction en chef, de la ligne éditoriale, à l’image du Guardian, un pionnier. »
Pour couvrir un sujet aussi complexe, la formation des journalistes est « un vrai besoin, assure le président de l’AJE. Nous proposons un webinaire mensuel à nos membres, qui sont un tiers de plus qu’il y a trois-quatre ans. » Parmi les initiateurs de la Charte pour un journalisme à la hauteur de l’urgence écologique, le jeune média Vert propose des formations climat et biodiversité aux autres médias. Devise de sa newsletter : « de quoi s’informer simplement et sans désespérer ». La formation des rédactions fait partie des récentes chartes internes des médias sur le traitement des sujets environnementaux. Dans sa charte Climat & Environnement d’avril 2023, Le Monde demande à ses journalistes de faire « usage de mots précis pour qualifier l’urgence écologique » et « de pédagogie autant que nécessaire pour expliquer les causes de la crise, documenter ses effets et mettre en avant les solutions ».
Ouest-France, qui intègre aussi la formation continue de la rédaction dans sa Charte pour un journalisme au niveau de l’enjeu écologique, met en avant un traitement « ni moraliste, ni catastrophiste ».
Sylvie Brouillet
Journaliste
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